La biomasse demeure un pilier controversé mais stratégique de la transition énergétique européenne, selon des chercheurs de l’institut de recherche suédois RISE.
Si les résidus forestiers contribuent déjà de manière significative aux énergies renouvelables dans l’Union européenne, leur utilisation devra devenir plus ciblée à mesure que les usages se multiplient et que la ressource reste limitée.
Pour les spécialistes des systèmes énergétiques, le débat ne peut plus se limiter à la production de chaleur ou d’électricité. La biomasse est appelée à jouer un rôle plus large, notamment comme source de carbone renouvelable dans les secteurs difficiles à décarboner.
Du combustible au carbone vert
Karin Pettersson, chercheuse en analyse des systèmes énergétiques chez RISE, souligne la nécessité de dépasser la simple combustion de la biomasse. « Les résidus forestiers constituent une matière première importante pour l’énergie renouvelable dans l’UE, mais nous devons trouver des modes d’utilisation plus efficaces », explique-t-elle.
Parmi les pistes privilégiées figurent le bio-CCS — qui consiste à capter et stocker de manière permanente le dioxyde de carbone d’origine biogénique afin de générer des émissions négatives — ainsi que la conversion de la biomasse ou du CO₂ biogénique capté, combiné à de l’hydrogène, en carburants ou en produits chimiques. Ces approches permettent de conserver le carbone dans le système plutôt que de le relâcher immédiatement dans l’atmosphère.
Des usages prioritaires dans les secteurs difficiles à décarboner
Dans le cadre du Pacte vert pour l’Europe, la biomasse est appelée à remplir plusieurs fonctions, de la sécurité énergétique à la lutte contre les changements climatiques. Toutefois, sa disponibilité limitée impose des arbitrages.
L’aviation figure parmi les secteurs prioritaires. « D’ici 2050, l’électrification ne permettra d’éliminer qu’une faible part des émissions du secteur aérien », rappelle Karin Pettersson. Les carburants durables issus de la biomasse ou du carbone biogénique resteront donc essentiels.
Des contraintes similaires s’appliquent au transport maritime et à l’industrie chimique, qui ont besoin de sources de carbone renouvelable pour remplacer les intrants fossiles. Par ailleurs, l’atteinte de la carboneutralité — et à terme d’émissions nettes négatives — nécessitera des solutions de stockage du carbone pour compenser les émissions difficiles ou coûteuses à éliminer.
La valeur du carbone dépasse celle de l’énergie
Markus Millinger, chercheur chez RISE spécialisé en modélisation des systèmes énergétiques, replace la biomasse dans une perspective de long terme. Dans une étude publiée dans la revue Nature Energy, il conclut que la valeur des atomes de carbone issus de la biomasse dépasse, à long terme, celle de l’énergie qu’elle peut produire.
« Plus nous acceptons d’utiliser de la biomasse durable, plus la transition énergétique sera facilitée », estime-t-il. Toutefois, il souligne que le marché, à lui seul, ne permettra pas de résoudre les arbitrages nécessaires. Des cadres réglementaires clairs et des politiques coordonnées, aux niveaux national et européen, seront indispensables pour orienter les usages vers les applications les plus pertinentes sur le plan climatique.
Recherche et politiques publiques appelées à converger
Chez RISE, la place de la biomasse dans les futurs systèmes énergétiques est étudiée sous de multiples angles, combinant analyses prospectives, développement technologique et essais en conditions réelles. L’institut accompagne également les entreprises dans le déploiement de technologies permettant de transformer la biomasse et le dioxyde de carbone en carburants, matériaux et produits chimiques.
« La biomasse est un sujet complexe qui suscite souvent de fortes réactions. Notre responsabilité, en tant que chercheurs, est de décrire le système de manière objective et de partager nos connaissances avec l’ensemble des décideurs », souligne Markus Millinger.
Cette approche rejoint celle de l’Agence suédoise de protection de l’environnement, qui considère toujours les biocarburants durables comme un levier clé de la trajectoire vers la carboneutralité, tout en reconnaissant les enjeux liés à la biodiversité. À mesure que la demande augmente, les chercheurs s’accordent sur un point : l’avenir de la biomasse dépendra moins des volumes mobilisés que de la manière dont elle sera utilisée, de façon stratégique et efficiente, au sein des systèmes énergétiques et industriels européens.
RISE est l’institut national de recherche de la Suède. Il mène des travaux de recherche appliquée, notamment dans les domaines des systèmes énergétiques, de la bioéconomie et du climat, afin d’appuyer les entreprises et les décideurs publics.
Source : RISE

