Au Québec, Domtar se retrouve dans la ligne de mire politique, syndicale et autochtone, à la fois pour des coupes forestières autorisées en zone sensible sur la Côte-Nord et pour le transfert discret de ses installations hydroélectriques au Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Deux dossiers distincts, mais politiquement explosifs, convergent actuellement autour de l’entreprise, ravivant les critiques sur la gouvernance des ressources naturelles, la transparence des décisions publiques et le respect des communautés locales.
Une autorisation forestière renversée en quelques minutes
Sur la Côte-Nord, la papetière a obtenu à l’automne une autorisation de travaux forestiers dans un secteur sensible, malgré un refus initial des fonctionnaires du ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF). Selon des informations révélées par La Presse, la décision aurait été infirmée à la suite d’un appel de moins de vingt minutes entre des dirigeants de Domtar et une haute responsable du ministère, invoquant le « contexte économique ».
Le secteur visé, composé en grande majorité de forêt vierge, se situe à proximité de sites patrimoniaux innus et dans l’aire de répartition de hardes de caribous. Les fonctionnaires avaient pourtant souligné que les obligations de consultation de la communauté innue de Pessamit n’avaient pas été respectées avant le dépôt de la demande.
Bien que le gouvernement québécois ait par la suite suspendu l’autorisation accordée, cette décision est largement perçue comme symbolique : les travaux d’aménagement de chemins forestiers avaient déjà été amorcés et les coupes n’étaient pas prévues à court terme. Pour les représentants innus, la confiance envers le processus de consultation est désormais profondément ébranlée.
Saguenay : le transfert des barrages fait monter la tension
Parallèlement, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, Domtar est critiquée pour avoir transféré ses installations hydroélectriques de la rivière Shipshaw à une société en commandite liée à son actionnaire indonésien, sans en aviser les autorités municipales. Cette opération, rendue possible par la récente réforme du cadre législatif en matière d’énergie, alimente les craintes d’une éventuelle vente de l’électricité ou des actifs eux-mêmes.
La Ville de Saguenay a adopté à l’unanimité une résolution dénonçant un transfert effectué « en catimini » et a invoqué son droit de préemption afin de protéger les retombées énergétiques régionales. Les élus rappellent que l’utilisation de ces blocs énergétiques était historiquement liée au maintien d’activités industrielles et d’emplois dans la région.
Syndicats et élus régionaux redoutent que les revenus énergétiques servent à financer des projets ailleurs, alors que l’usine de papier de Kénogami demeure fragile et que le climat d’incertitude pèse lourdement sur les travailleurs.
Pression politique et appels à la transparence
À Ottawa, le Bloc québécois est allé jusqu’à convoquer le propriétaire de Domtar devant le Comité permanent des ressources naturelles afin qu’il s’explique sur les intentions de l’entreprise au Canada. À Québec, les partis d’opposition réclament que toute la lumière soit faite sur l’influence exercée par l’industrie forestière dans certaines décisions ministérielles.
Pris ensemble, ces dossiers illustrent les tensions croissantes entre impératifs économiques, gestion durable des ressources et acceptabilité sociale. Pour Domtar, ils posent surtout une question centrale : celle de la légitimité des décisions prises lorsque les règles de consultation et de transparence semblent, aux yeux de plusieurs acteurs, avoir été contournées.

