Face aux objectifs de neutralité carbone, aux tensions géopolitiques persistantes et aux limites du modèle pétrochimique, l’industrie chimique mondiale cherche de nouvelles matières premières.
Deux projets de recherche européens, récemment relayés par ChemEurope, illustrent des voies complémentaires pour substituer le pétrole par la biomasse, tant dans la chimie fine que dans la chimie de base.
Ces travaux, issus de recherches publiées dans des revues scientifiques de référence, montrent que la biomasse végétale peut désormais être envisagée comme une ressource moléculaire stratégique, capable d’alimenter des chaînes de valeur chimiques bien au-delà des usages énergétiques traditionnels.
De la biomasse aux molécules pharmaceutiques
Selon ChemEurope, un projet mené au Max-Planck-Institut für Kohlenforschung ouvre de nouvelles perspectives pour la chimie fine à partir de la biomasse. L’équipe dirigée par le professeur Benjamin List a mis au point une méthode permettant de produire des intermédiaires chimiques de haute valeur sans recourir aux étapes classiques d’oxydation ou de réduction, généralement énergivores.
Les chercheurs se sont concentrés sur les furanes, des molécules dérivées de la biomasse végétale, longtemps négligées par l’industrie chimique. Grâce à un procédé de photohydrolyse, utilisant l’énergie lumineuse, ils sont parvenus à ouvrir le cycle des furanes de manière redox-neutre, donnant accès à des intermédiaires jusqu’ici difficiles à obtenir.
D’après ChemEurope, cette avancée permettrait, à terme, de synthétiser directement des composés pharmaceutiques complexes — comme certaines prostaglandines ou des antibiotiques — à partir de matières premières renouvelables. Les chercheurs ont également démontré que le procédé peut être étendu grâce à un réacteur à flux lumineux, un format déjà utilisé dans certaines applications industrielles.
Méthanol vert : vers une chimie plus décentralisée
Un second projet, également relayé par ChemEurope, s’intéresse à la production durable de méthanol, un produit chimique de base aujourd’hui majoritairement issu du gaz naturel fossile. Des chercheurs de la Friedrich-Alexander-Universität Erlangen-Nürnberg (FAU) ont développé un procédé permettant de produire du méthanol directement à partir de biomasse humide, sans séchage préalable.
Cette approche se distingue des méthodes classiques de gazéification, qui nécessitent des températures élevées, des pressions importantes et des infrastructures centralisées. Le procédé proposé fonctionne dans des conditions plus douces et permet de traiter localement des résidus agricoles, forestiers ou des sous-produits industriels, réduisant ainsi les coûts logistiques et énergétiques.
Selon les chercheurs cités par ChemEurope, le procédé affiche une efficacité carbone d’environ 80 %. Il intègre également un électrolyseur produisant l’hydrogène nécessaire à la réaction à partir d’électricité renouvelable, ce qui pourrait permettre d’atteindre, à terme, des coûts de production comparables à ceux du méthanol fossile.
Cette technologie ouvre la voie à des unités de production plus petites et décentralisées, adaptées aux exploitations agricoles, forestières ou aux coopératives, et compatibles avec des modèles émergents comme l’agrivoltaïsme.
Deux voies complémentaires pour la chimie de demain
Bien que leurs applications diffèrent, ces deux projets partagent un objectif commun : défossiliser la chimie en s’appuyant sur la biomasse comme matière première. L’un cible la chimie fine et pharmaceutique, l’autre la chimie de base et les vecteurs énergétiques, illustrant deux niveaux de maturité technologique distincts mais complémentaires.
Relayées par ChemEurope, ces avancées témoignent de l’évolution rapide de la recherche vers une chimie plus circulaire, où la biomasse ne se limite plus à un rôle énergétique, mais devient un socle moléculaire pour des chaînes de valeur industrielles durables.
Références :

