Et si les résidus de sciage devenaient la matière première d'une nouvelle génération de mousses d'emballage? C'est la piste explorée par des chercheurs américains, qui ont mis au point un matériau biosourcé à base de sciure dont les performances mécaniques se rapprochent de celles de certaines mousses en polystyrène expansé (PSE).
Publiée dans la revue scientifique ACS Applied Polymer Materials, l'étude démontre qu'il est possible de transformer des résidus de bois en matériaux de protection légers, tout en réduisant le recours aux plastiques issus des ressources fossiles.
Valoriser un résidu abondant
Les chercheurs ont utilisé deux types de sciure : une poudre de bois finement transformée et des résidus provenant directement d'une scierie. Ces matières ont été mélangées à des liants à base de cellulose et à d'autres ingrédients d'origine biologique avant d'être moulées, congelées, lyophilisées puis séchées afin d'obtenir une mousse à structure poreuse.
Les propriétés du matériau varient selon le liant utilisé. Certaines formulations produisent une mousse plus rigide, tandis que d'autres offrent davantage de souplesse. En combinant différents liants, l'équipe est parvenue à obtenir une résistance à la compression comparable à celle des mousses en polystyrène utilisées pour protéger les produits durant le transport.
Autre résultat encourageant : les mousses fabriquées à partir de résidus de scierie peu transformés ont offert des performances similaires à celles produites avec de la poudre de bois raffinée, laissant entrevoir une utilisation directe de résidus industriels à faible valeur.
Une bonne résistance aux chocs et à l'humidité
Les essais réalisés par les chercheurs montrent également que ces mousses biosourcées résistent bien à l'eau et aux solvants courants, notamment à l'acétone, contrairement au polystyrène expansé.
L'application d'une fine couche de cire d'abeille améliore en outre la résistance à l'humidité, sans nuire aux propriétés mécaniques du matériau.
Les chercheurs ont aussi évalué la capacité de la mousse à absorber les chocs. Lors des essais, le matériau à base de sciure a dissipé davantage d'énergie qu'une mousse de polystyrène de même épaisseur, la masse utilisée lors des essais rebondissant environ 21 % moins haut. Ce résultat laisse entrevoir un potentiel intéressant pour les emballages destinés à protéger des produits fragiles.
Une piste prometteuse pour l'industrie forestière
Selon le professeur Todd Emrick, de l'Université du Massachusetts à Amherst, les travaux visaient d'abord à développer une solution plus durable pour les emballages de protection. À terme, cette technologie pourrait également trouver des débouchés dans d'autres secteurs, notamment les matériaux de construction.
Même si des travaux supplémentaires seront nécessaires pour confirmer la durabilité du matériau à long terme et sa faisabilité à l'échelle industrielle, cette recherche met en lumière une nouvelle voie de valorisation des résidus de sciage. Au-delà de l'emballage, cette approche illustre le potentiel des résidus de bois comme matière première pour le développement de nouveaux matériaux biosourcés. Pour l'industrie des produits forestiers, elle ouvre également la perspective de transformer un sous-produit abondant en matériau à plus forte valeur ajoutée.
À propos de l'étude
L'étude « Biopolymer Foams Composed of Sawdust: Fabrication and Structural Integrity » a été publiée le 20 mai 2026 dans la revue ACS Applied Polymer Materials. Menés par une équipe de l'Université du Massachusetts à Amherst, les travaux portent sur le développement de mousses biosourcées à partir de sciure et de dérivés de la cellulose pour des applications en emballage et dans d'autres domaines nécessitant des matériaux légers et protecteurs.

