Un an après que l'Oregon soit devenu le premier État américain à mettre en œuvre un programme de recyclage résidentiel des emballages basé sur la responsabilité élargie des producteurs (REP), une autre première est apparue : le premier procès américain concernant la REP a eu lieu.
L'affaire, National Association of Wholesaler-Distributors (NAW) c. Feldon , conteste certains aspects de la loi de modernisation du recyclage de l'Oregon (RMA). La NAW, une association professionnelle représentant le secteur de la distribution en gros aux États-Unis, soutient que la loi confère un pouvoir excessif à l'organisation Producer Responsibility Organization (PRO), Circular Action Alliance , et impose des contraintes injustes aux entreprises opérant dans plusieurs États.
Le programme de responsabilité élargie des producteurs (REP) de l'Oregon a été mis en œuvre le 1er juillet 2025. Moins d'un mois plus tard, la NAW a intenté une action en justice contestant la constitutionnalité de la loi sur le recyclage de l'Oregon, qui avait permis le développement de ce programme. Bien que la NAW soutienne l'objectif d'une économie circulaire, l'association a déclaré que la loi, telle qu'adoptée, entrave le commerce interétatique .
Le 6 février 2026, le tribunal de district américain de l'Oregon a accordé une injonction préliminaire pour suspendre temporairement l'application de la législation contre la NAW et ses membres pendant que l'affaire suit son cours.
Le 13 juillet 2026, l'essai de 5 jours a débuté.
L'essai EPR soulève des questions plus générales
Bien que l'affaire concerne l'Oregon, les questions qu'elle soulève dépassent le cadre du programme de cet État.
En Amérique du Nord, la responsabilité élargie des producteurs (REP) pour les emballages continue de se développer. Au Canada, l’Ontario et le Québec , qui représentent à eux deux près des trois quarts de la population canadienne, ont désormais adopté la REP complète (gérée et financée à 100 % par l’industrie) pour les emballages, tandis que la plupart des autres provinces ont une législation sur le recyclage ou sont en voie d’adopter la REP intégrale. L’Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador, le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest ne disposent actuellement d’aucune législation sur la REP pour les emballages. Aux États-Unis, sept États – le Maine, l’Oregon, la Californie, le Colorado, le Minnesota, le Maryland et l’État de Washington – ont adopté une législation sur la REP pour les emballages et se trouvent à différents stades d’élaboration et de mise en œuvre de leurs plans.
PPEC n'est pas un cabinet d'avocats et nous ne spéculerons pas sur l'issue du procès en Oregon. Toutefois, ce procès marque pour nous une nouvelle étape dans le débat sur la REP (Responsabilité Équivalente des Producteurs), en mettant davantage en lumière la manière dont la REP s'applique concrètement aux emballages, une fois passée du cadre législatif à la réalité.
L'évolution de la REP et de l'emballage
Le débat ne porte plus sur la question de savoir si les producteurs doivent financer la gestion des emballages en fin de vie, mais de plus en plus sur le fonctionnement concret de ces systèmes.
Lorsque le chercheur suédois Thomas Lindhqvist a introduit le concept de responsabilité élargie du producteur en 1990, l'emballage était bien différent d'aujourd'hui. Le commerce électronique, les achats en ligne, les applications de livraison de repas et les kits repas n'existaient pas. Plus de trente ans plus tard, la consommation axée sur la commodité a transformé le volume et la variété des emballages.
Dans le même temps, la REP est passée d'une politique environnementale relativement spécialisée à un élément important de la manière dont les gouvernements et les entreprises gèrent les emballages en fin de vie.
Pourtant, les produits et les emballages circulent aujourd'hui au-delà des frontières provinciales, étatiques et nationales, tandis que les programmes de REP sont encore conçus juridiction par juridiction.
Pour de nombreuses entreprises assujetties, la REP (Responsabilité Énergétique des Entreprises) ne se limite plus à un simple rapport annuel de gestion ou à une facture. Elle influence de plus en plus la budgétisation, la conception des emballages, la collecte de données, les systèmes de reporting, la conformité et la planification stratégique.
Le cas de l'Oregon illustre qu'une fois que la REP passe de la phase législative à la mise en œuvre, le débat ne se limite plus à la question du financement. Il porte alors sur le fonctionnement concret de cette politique et son impact sur les entreprises tout au long de la chaîne de valeur de l'emballage.
Les États-Unis ont amplifié le débat.
Rien de tout cela n'est nouveau au Canada. Les entreprises assujetties y gèrent les différentes exigences provinciales en matière de responsabilité élargie des consommateurs (REP) depuis des décennies. Mais lorsque ce même modèle, appliqué État par État ou province par province, s'étend aux États-Unis, le plus grand marché de consommation au monde, ces mêmes défis sont amplifiés car ils touchent un plus grand nombre d'entreprises, d'emballages, de budgets et de chaînes d'approvisionnement nationales plus complexes. Les enjeux sont similaires, mais leur ampleur et leur impact diffèrent, ce qui soulève davantage de questions et un examen plus approfondi.
Dan Leif, directeur de la mise en œuvre des politiques au sein de l'organisation américaine The Recycling Partnership , l'a bien résumé dans son récent commentaire intitulé « 5 points clés de la première année du programme EPR de l'Oregon » :
« Lorsqu’on adopte des lois qui introduisent de nouveaux concepts dans la manière dont le pays fait des affaires (et qui nécessitent d’importants financements de la part du secteur privé), les litiges sont inévitables. Les États-Unis figurent parmi les pays les plus procéduriers au monde ; il est donc naturel que les cadres de responsabilité élargie des producteurs (REP) fassent l’objet de nombreux procès. »
Cet examen attentif reflète le fait que la REP des emballages s'inscrit dans un système d'emballage plus vaste et plus complexe.
Politique complexe
Le principe de base de la responsabilité élargie des producteurs (REP) pour les emballages est simple : transférer le coût de la gestion des emballages en fin de vie des collectivités locales aux producteurs qui les mettent sur le marché. Mais cette politique est en réalité d'une complexité trompeuse, car elle engendre des effets en cascade sur l'ensemble du système d'emballage et de recyclage.
Bien que la législation sur la REP (Responsabilité Énergétique des Producteurs) impose des obligations légales principalement aux producteurs, son succès dépend du bon fonctionnement de l'ensemble du système d'emballage et de recyclage, depuis les gouvernements qui élaborent la législation, jusqu'aux organismes de responsabilité des producteurs (ORP) qui administrent les programmes, en passant par les producteurs légalement tenus, les fabricants d'emballages, les distributeurs, les détaillants et les exploitants de services alimentaires, jusqu'aux résidents qui placent les matériaux recyclables dans le bac de recyclage, et jusqu'au secteur de la gestion des déchets, y compris les collecteurs, les installations de valorisation des matériaux, les recycleurs et les marchés finaux.
Cette perspective systémique élargie est particulièrement pertinente pour l’industrie canadienne de l’emballage en papier, qui fonctionne depuis des décennies selon une chaîne de valeur circulaire. Les fibres récupérées ne sont pas un déchet ; il s’agit d’une matière première précieuse achetée par les usines pour être recyclée en nouveaux emballages en papier.
Pour l'industrie de l'emballage papier, ce n'est pas la REP qui a créé la circularité, mais l'industrie elle-même.
Un système EPR bien conçu devrait renforcer les systèmes existants en améliorant la collecte, en réduisant la contamination et en augmentant la quantité de matériaux récupérés de haute qualité qui atteignent des marchés finaux viables où ils peuvent être recyclés en nouveaux produits.
Au-delà de la conformité
Quel que soit le verdict du procès en Oregon, il nous rappelle que la responsabilité élargie du producteur (REP) en matière d'emballage n'est plus une simple formalité. Elle ne se limite plus à la législation sur le papier. Une fois mise en œuvre, elle s'intègre concrètement à la réalité et influence les décisions des entreprises et des autres acteurs de la chaîne de valeur de l'emballage et du recyclage.
Aucun acteur ne peut à lui seul assurer le succès d'un système de REP, et aucune politique unique ne peut résoudre les défis plus larges liés aux emballages modernes.
Le procès de l'Oregon nous rappelle que le véritable test consiste à savoir si ces politiques fonctionnent efficacement au sein des entreprises, des marchés et des systèmes de recyclage qu'elles sont censées améliorer.
Rachel Kagan
Directrice exécutive
Conseil environnemental des emballages papier et carton (PPEC)

