L’État français a confié à l’ADEME des opérations de mise en sécurité du site Fibre Excellence Provence à Tarascon, après plusieurs démarches administratives restées sans effet selon le ministère chargé de la Transition écologique. Les liquidateurs contestent cette présentation des événements.
L’usine de pâte à papier de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, est classée Seveso seuil bas. Depuis l’arrêt de la production au printemps, puis la liquidation judiciaire prononcée le 29 juillet, d’importants volumes de bois, de produits chimiques et de déchets demeurent présents sur le site, situé à proximité immédiate du Rhône.
Le 18 septembre, le ministère chargé de la Transition écologique a annoncé que l’ADEME serait chargée, dans le cadre d’une procédure d’« urgence impérieuse », de mener des opérations de mise en sécurité en substitution des liquidateurs. Le préfet des Bouches-du-Rhône devait prendre un arrêté de travaux d’office afin de permettre une intervention rapide.
La mission doit notamment permettre de rétablir le dispositif de lutte contre les incendies et de mettre en place une station d’épuration provisoire en remplacement de l’installation arrêtée.
Des matières toujours présentes sur le site
Une inspection menée le 15 septembre par les services chargés des installations classées et l’ADEME a constaté la présence de bois, de produits dangereux et de déchets sur l’ensemble du site, dont des déchets liquides principalement constitués de liqueurs issues des procédés industriels.
Selon Le Monde, environ 17 000 tonnes de bois étaient encore stockées sur le site lors de cette inspection, en plus de divers produits et déchets industriels.
Les démarches des autorités avaient commencé plus tôt dans le mois. Dès le 3 septembre, le préfet des Bouches-du-Rhône avait prescrit des mesures d’urgence pour assurer la sécurité du site. Le ministère indique que des mesures d’urgence, de mise en demeure puis de réquisition n’ont pas permis d’obtenir l’exécution des prescriptions imposées aux liquidateurs.
Le 14 septembre, le préfet avait également saisi le tribunal administratif de Marseille afin de demander une astreinte de 50 000 euros par jour tant que les mesures prescrites ne seraient pas exécutées.
Les liquidateurs contestent la version de l’État
Les co-liquidateurs chargés du dossier rejettent toutefois les accusations formulées par le ministère. Selon leur communiqué rapporté par GraphiLine, ils avaient eux-mêmes proposé plusieurs jours auparavant à la Dreal de faire intervenir l’ADEME, compte tenu de l’ampleur des opérations restant à effectuer et des moyens disponibles dans le cadre de la liquidation.
Ils affirment également avoir maintenu une surveillance du site, installé des moyens de première intervention contre les incendies et commencé l’évacuation progressive de certains produits. Ils estiment que la situation industrielle et environnementale existait avant leur désignation comme liquidateurs.
Ils demandent par ailleurs que soient pris en compte les événements du 17 septembre. Selon leur version, plusieurs dizaines de personnes sont entrées sur le site et d’anciens salariés auraient remis sous tension certains équipements et redémarré certaines installations. Le prestataire Realtec aurait alors retiré ses équipes pour des raisons de sécurité.
Le désaccord porte également sur le financement de l’intervention. Le ministère a indiqué que le coût des travaux serait réclamé aux liquidateurs. Ceux-ci contestent qu’une telle obligation financière puisse être créée par la seule annonce gouvernementale.
L’intervention de l’ADEME ouvre ainsi une nouvelle étape dans la fermeture du site de Tarascon, alors que la mise en sécurité des installations et l’évacuation des matières encore présentes doivent se poursuivre après l’arrêt de l’activité industrielle.

