Saguenay : la vente des barrages de Domtar (Résolu) inquiète la CSN

L'usine de Résolu à Kénogami est la plus menacée par la vente des barrages.

L'usine de Résolu à Kénogami est la plus menacée par la vente des barrages. Source : CSN

De l’industrie

Le projet de transfert de propriété des barrages hydroélectriques de Résolu au Saguenay suscite de vives inquiétudes au sein de la CSN, qui redoute des conséquences majeures pour l’emploi et l’avenir industriel de la région. 

Selon le syndicat, cette transaction pourrait notamment fragiliser l’usine de Kénogami et créer un précédent préoccupant pour les autres installations de Domtar-Résolu au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Ces barrages constituaient jusqu’à présent des actifs stratégiques, liés à des baux hydrauliques qui obligeaient l’entreprise à maintenir l’exploitation de ses usines locales et à y investir. Or, d’après des informations obtenues par la Ville de Saguenay et partiellement confirmées par l’employeur, les installations auraient été cédées à une société en commandite liée au milliardaire indonésien Jackson Wijaya, également propriétaire de Domtar et de Résolu.

Un cadre réglementaire assoupli

La Fédération de l’industrie manufacturière–CSN estime que cette opération permettrait à l’entreprise de se dégager de certaines obligations en matière d’investissements et d’emplois. En cause : la réforme de la gouvernance énergétique du Québec, le projet de loi 69, qui assouplit les contraintes applicables aux centrales de 100 MW et moins — catégorie à laquelle appartiennent les barrages de Résolu au Saguenay. Adoptée sous bâillon en juin 2025, cette réforme a été amorcée par l’ex-ministre Pierre Fitzgibbon et complétée par sa successeure, Christine Fréchette.

Selon les informations disponibles, l’électricité produite par ces barrages serait désormais vendue à une tierce industrie régionale, plutôt que d’alimenter les usines de Kénogami ou d’Alma. Les revenus dégagés serviraient notamment à financer un important investissement hors région, à l’usine de Domtar de Gatineau.

Crainte d’un « contrat moral » rompu

Pour les représentants syndicaux, cette situation remet en cause le « contrat moral » issu de la nationalisation de l’électricité dans les années 1960, lorsque certains barrages privés du Saguenay avaient été exclus du périmètre d’Hydro-Québec en échange d’un engagement de développement régional.

« Si les revenus de l’électricité quittent la région, le gouvernement perd un important levier face à l’entreprise », soutient Manon Tremblay, présidente du Conseil central des syndicats nationaux du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Appel à l’intervention du gouvernement

La CSN réclame une intervention rapide du gouvernement de la CAQ afin d’empêcher la transaction ou, à tout le moins, d’en encadrer les effets. Une rencontre est demandée avec le ministre de l’Énergie, Jean Boulet, ainsi qu’avec le premier ministre François Legault, afin de discuter des marges de manœuvre encore possibles malgré le projet de loi 69.

Les syndicats rappellent qu’en cas de non-respect des conditions liées aux baux hydrauliques, l’État pouvait autrefois récupérer les barrages sans compensation — un pouvoir aujourd’hui affaibli. Pour la CSN, l’enjeu dépasse la transaction elle-même : il touche à la capacité du Québec de préserver l’emploi industriel et le développement économique durable du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Source : CSN