Une nouvelle étude du gouvernement fédéral canadien, portant sur les répercussions financières de la réduction des emballages plastiques pour les fruits et légumes frais vendus au Canada, éclaire la manière dont le secteur des produits frais aborde les décisions en matière d'emballage.
Bien que l'étude se concentre sur des considérations économiques et fonctionnelles, un examen de ses conclusions sous l'angle environnemental soulève des questions quant à la mise en œuvre concrète des décisions relatives aux emballages durables.
Ce blog offre une perspective environnementale sur certains aspects de l'étude, notamment l'exemple du passage des emballages plastiques pour les pommes au papier et la recommandation d'examiner plus en détail les caisses en plastique réutilisables (RPC).
L’emballage remplit des fonctions importantes, notamment la protection des produits, le soutien au transport et à la logistique, et la réduction du gaspillage alimentaire. Cependant, les décisions relatives à l’emballage ne peuvent être prises isolément.
Comme le reconnaît l'étude elle-même, le contexte commercial actuel – marqué par la multiplication des grandes surfaces, la présence de plusieurs enseignes, la mondialisation des chaînes d'approvisionnement et la demande croissante de praticité pour les consommateurs – fait qu'un même produit peut désormais être conditionné, ou non, de multiples façons. Ces facteurs concrets influencent de plus en plus les modes de conditionnement et de vente des produits alimentaires.
Parallèlement, les emballages plastiques restent omniprésents. Rien qu'en 2024, on estime que 400 millions de tonnes de déchets plastiques ont été générées et, sans changements majeurs, ce volume pourrait tripler à l'échelle mondiale , pour atteindre environ 1,2 milliard de tonnes d'ici 2060. Concernant les emballages plastiques pour les fruits et légumes, le rapport présente les données suivantes :
(Estimation des implications financières de la réduction des emballages plastiques pour les produits frais ; tableaux 3-2a et 3-2b)
Cela représente une quantité considérable de plastique pour un seul segment du système alimentaire. À titre d'information, une étude de Retail Economics de 2024 a révélé que 45 % des emballages alimentaires en plastique pourraient être remplacés soit par des emballages alternatifs, soit par la vente de produits en vrac.
Le commentaire de la PPEC ne remet pas en question l'importance ni la fonction de l'emballage des produits frais ; il s'interroge plutôt sur la nécessité de tous les emballages actuellement utilisés pour la protection des produits.
Dans ce contexte, les sections suivantes examinent certains aspects de l'étude fédérale afin d'illustrer comment les décisions en matière d'emballage sont influencées par les pratiques de vente au détail, le comportement des consommateurs, ainsi que par des considérations plus larges au niveau du système et des politiques publiques.
Pommes et substitution matérielle
Prenant l’exemple des pommes, le rapport note que des audits menés dans des magasins de détail canadiens ont montré que les pommes en vrac coûtaient 39 % plus cher au poids que les pommes emballées, et estime en outre que le passage des pommes à un emballage en papier plutôt qu’en plastique pourrait augmenter les prix de détail d’environ 42 %.
Cet exemple soulève une question qui dépasse le simple cadre du prix : pourquoi emballer les pommes ? Historiquement, les pommes ont toujours été vendues en vrac et ne nécessitent généralement pas d’emballage primaire (destiné au consommateur) pour les protéger. Pourtant, la comparaison des coûts présentée dans le rapport reflète un contexte de vente au détail où les pommes emballées sous plastique sont moins chères que celles vendues en vrac.
Le PPEC ne se prononce pas sur les stratégies de prix de détail. Cet exemple illustre plutôt comment les efforts visant à réduire les emballages plastiques peuvent être compliqués par les pratiques actuelles du marché et des consommateurs. Si l'objectif est de réduire les emballages superflus, il devient important de faire la distinction entre les emballages nécessaires à la protection du produit et ceux qui sont présents pour d'autres raisons au sein des circuits de distribution.
Le PPEC ne souhaite pas débattre des choix d'emballage pour chaque fruit ou légume. Cependant, nous constatons une augmentation des produits préemballés. Ces formats semblent être dictés par les pratiques de la grande distribution et les attentes des consommateurs. Il ne s'agit pas d'une critique des décisions commerciales, mais d'un rappel que les choix d'emballage peuvent parfois aller à l'encontre des objectifs environnementaux.
Cet exemple souligne la nécessité d'aller au-delà de la simple substitution de matériaux et de prendre en compte la manière dont les décisions en matière d'emballage sont influencées par les pratiques de vente au détail modernes et le comportement des consommateurs.
Caisses en plastique réutilisables (RPC)
L’emballage en carton ondulé est utilisé depuis des décennies dans le secteur des fruits et légumes frais. Au Canada, les cartons ondulés font partie d’un système de recyclage bien établi, avec des débouchés importants, notamment les membres de PPEC qui achètent et recyclent les emballages en carton ondulé usagés provenant des secteurs de l’alimentation et du commerce de détail.
Dans ce contexte, il peut sembler paradoxal qu'une étude examinant les implications des mesures visant à réduire les déchets d'emballages plastiques explore également le remplacement des cartons ondulés par des caisses en plastique réutilisables (CPR). Bien que les CPR puissent être présentées comme une option circulaire, elles restent en plastique, un matériau que le gouvernement fédéral cherche activement à réduire , tandis que les emballages en carton ondulé font déjà partie d'un système circulaire bien établi. Bien que qualifiés d'« à usage unique » dans l'étude, les contenants en carton ondulé sont généralement recyclés et réutilisés plusieurs fois.
En pratique, de nombreux emballages sont à usage unique par les consommateurs, mais leur valorisation et leur recyclage varient considérablement. L'emballage papier illustre parfaitement ce phénomène : il s'agit d'un matériau bénéficiant de systèmes de recyclage bien établis et de marchés finaux solides, permettant la réutilisation des fibres à plusieurs reprises.
Cela soulève une question plus large sur la façon dont la réduction des emballages plastiques est définie : le remplacement des emballages en fibres recyclables par des emballages réutilisables contribue-t-il réellement aux efforts visant à réduire la dépendance aux combustibles fossiles et aux plastiques ?
De plus, si certains fournisseurs de systèmes de recyclage mettent en avant des avantages environnementaux tels que des taux de réutilisation et de recyclabilité élevés, ces résultats dépendent de la conception et des performances du système. Les affirmations concernant la recyclabilité reflètent souvent la recyclabilité technique au sein de systèmes contrôlés ou en boucle fermée, plutôt que la recyclabilité réelle des systèmes de recyclage appliqués dans différentes juridictions.
Bien qu'il n'existe pas de solution universelle, l'étude fédérale nous rappelle que les décisions relatives à l'emballage des produits frais sont complexes et ne peuvent être prises isolément. Alors que les gouvernements envisagent des changements de politiques et de réglementations et que les entreprises prennent des décisions en matière d'emballage, il est essentiel, pour faire progresser des efforts significatifs et à grande échelle de réduction du plastique, de se poser des questions qui reflètent les réalités du terrain : l'emballage est-il nécessaire à la protection du produit ou a-t-il été développé en réponse à l'évolution des modes d'achat et de consommation des aliments ?
Rachel Kagan
Directrice exécutive
Conseil environnemental des emballages papier et carton (PPEC)

