Alors qu’Ottawa vient de mettre sur pied un groupe de travail chargé de définir les voies de restructuration et de modernisation du secteur forestier canadien, l’initiative suscite autant d’attentes que de réserves dans l’industrie.
Dans plusieurs régions, les annonces de fermetures temporaires ou indéfinies d’usines, ou encore de réductions de production, rappellent que les travailleuses et travailleurs vivent déjà les impacts d’une crise que syndicats et entreprises jugent profonde.
Pour le gouvernement fédéral, ce groupe de travail doit contribuer, en 90 jours, à consolider la compétitivité et la durabilité du secteur, notamment en misant sur les méthodes de construction modernes, la diversification des produits et l’innovation technologique. Mais sur le terrain, les débats se concentrent d’abord sur des enjeux immédiats : la survie des installations, la stabilité de l’emploi et le poids des droits compensateurs et antidumping qui pèsent sur le bois d’œuvre exporté vers les États-Unis.
Les organisations syndicales tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs mois. Elles dénoncent une succession de fermetures et de mises à pied prolongées, parlant d’« hécatombe » dans certains bassins d’emploi et craignant que les travailleuses et travailleurs se tournent vers d’autres secteurs jugés plus stables, comme les mines ou la construction. Une telle migration de la main-d’œuvre, préviennent-elles, risquerait d’affaiblir durablement la capacité du secteur forestier à rebondir, même si les marchés se redressent.
Plusieurs entreprises décrivent également un contexte bien plus difficile qu’un simple ralentissement conjoncturel. Elles évoquent une « crise profonde » liée à l’empilement des droits compensateurs, des droits antidumping et d’autres charges qui rognent les marges sur chaque pièce de bois vendue, en particulier sur le marché américain. Dans ce cadre, les décisions de réduire les volumes ou de fermer des usines sont souvent présentées comme des réponses forcées à un environnement commercial jugé hostile.
Les attentes envers le gouvernement sont donc élevées, tant du côté syndical que patronal. Les représentants des travailleurs insistent pour que la voix des salariés reste centrale dans les recommandations du groupe de travail, notamment en matière de maintien de l’emploi et de soutien aux communautés touchées. Les entreprises, pour leur part, réclament des signaux clairs sur la compétitivité internationale, la prévisibilité du cadre commercial et l’appui aux investissements dans la modernisation et les technologies de pointe, afin de donner un contenu concret au discours sur l’innovation, les bioproduits et la construction en bois massif.
Dans ce contexte tendu, les travaux du groupe de travail sont perçus comme une occasion de rapprocher les objectifs de transformation à long terme défendus par Ottawa et les réalités immédiates des usines et des communautés forestières. Reste à voir si, au terme du mandat de 90 jours, les recommandations attendues se traduiront en mesures capables de répondre à la fois aux urgences sociales et aux défis structurels du secteur.

