Éco Entreprises Québec (ÉEQ) a récemment publié son examen 2025 du système modernisé de recyclage en bordure de rue, représentant la première année complète de fonctionnement selon un modèle complet de responsabilité élargie des producteurs (REP), où les producteurs sont responsables à la fois du financement et de l’exploitation du système de recyclage des emballages.
Bien que le Québec dispose depuis des décennies d'un programme législatif de REP (Responsabilité élargie du producteur) pour les emballages, celui-ci reposait sur un modèle de responsabilité partagée où les municipalités géraient les systèmes de recyclage en tant que fournisseurs de services désignés, tandis que les producteurs – les entreprises qui mettaient les emballages sur le marché au Québec – finançaient les coûts d'exploitation du programme.
À compter du 1er janvier 2025, la responsabilité du système de recyclage en bordure de rue du Québec a été entièrement transférée aux producteurs, Éco Entreprises Québec (ÉEQ) étant désignée comme l’organisme de responsabilité des producteurs (ORP) gérant le système.
La Colombie-Britannique dispose d'un modèle EPR entièrement réglementé pour les emballages résidentiels et le papier depuis 2014 ; le Québec n'est donc pas la première juridiction au Canada à mettre en œuvre la responsabilité des producteurs.
Ce qui rend l’examen de 2025 au Québec important, c’est qu’il offre l’un des premiers aperçus du rendement à la suite d’une transition d’un modèle de responsabilité partagée à un modèle de responsabilité des producteurs, où les producteurs sont responsables à la fois du financement et de l’exploitation du système.
À bien des égards, la REP (Responsabilité élargie du producteur) pour le papier et les emballages résidentiels est encore à ses débuts au Canada. Bien que des programmes législatifs soient en place depuis des années, la plupart des provinces ont fonctionné selon des modèles de responsabilité partagée, mais plusieurs sont en train de passer à la pleine responsabilité du producteur. Dans ce contexte de REP en pleine évolution, les résultats de la première année du Québec permettent d'examiner la performance d'un système de REP complet. Le rapport indique qu'environ 791 000 tonnes de matières ont été récupérées, ce qui représente un taux de récupération résidentielle de 87 % (matières récupérées par rapport à celles mises sur le marché). De ce total, environ 607 000 tonnes ont été recyclées, le papier et le carton représentant plus de la moitié des matières collectées et la plus grande part des matières recyclées.
Suite à la publication du rapport par PPEC sur LinkedIn , nous avons reçu quelques commentaires soulignant différentes manières d'interpréter les données, ce qui nous a incités à examiner de plus près comment la performance du recyclage est mesurée et comprise.
Un commentaire a traduit les résultats en un chiffre de recyclage par ménage, suggérant que la quantité recyclée par ménage semblait faible.
Exemple de calcul diffusé sur LinkedIn illustrant une interprétation possible des données de recyclage résidentiel au Québec. Source : Myles Cohen (LinkedIn)
Convertir les données des systèmes de responsabilité élargie des producteurs (REP) en chiffres par ménage permet de mieux appréhender les données, mais soulève également des difficultés. Ces calculs reposent sur l'hypothèse que tous les ménages participent au recyclage et que tous les matériaux déposés dans le système sont effectivement recyclés. En pratique, la participation varie et tous les matériaux ne sont pas recyclés.
Toutefois, la préoccupation sous-jacente de l'auteur du commentaire quant au recyclage réel des résidents est justifiée. Une étude récente de RECYC-QUÉBEC , l'organisme provincial de gestion des déchets et du recyclage, a révélé qu'une part importante des déchets pourrait être recyclée. Les matières recyclables représentaient plus de 70 % du poids des déchets routiers et environ 40 % des déchets riverains, selon l' Étude de caractérisation des déchets de 2023 .
Ces résultats confirment que même lorsque les programmes de recyclage EPR fonctionnent bien, tous les matériaux ne sont pas recyclés. Certains n'entrent jamais dans le système, tandis que d'autres sont perdus en raison du comportement des consommateurs, de la contamination, de la conception des produits ou de difficultés de tri et de traitement.
Cela révèle une réalité plus générale : la REP n’est pas une solution miracle à tous les problèmes d’emballage et de gestion des déchets. Un autre commentaire sur notre publication a souligné que les taux de valorisation varient selon les matériaux, les fibres affichant de meilleures performances.
Commentaire diffusé sur LinkedIn mettant en évidence des écarts de performance entre les matériaux, notamment en faveur des fibres. Source : Luke Crouch (LinkedIn)
Au Québec, le papier et le carton représentent la plus grande part des matières collectées et recyclées. Cela témoigne de l'acceptation généralisée des fibres dans les programmes de recyclage et de l'existence de marchés finaux bien établis. Le papier recyclé est une matière première essentielle pour la fabrication de nouveaux emballages, créant ainsi un système circulaire où les matériaux sont non seulement collectés et triés, mais aussi achetés et réutilisés de façon constante. Ce n'est pas un hasard. Le papier et le carton sont la pierre angulaire des systèmes de recyclage, fruit de décennies d'investissement de l'industrie de l'emballage dans le développement des marchés finaux et l'utilisation des fibres recyclées dans ses activités.
La collecte ne représente qu'une partie du système. Pour que le recyclage ait lieu concrètement, les matériaux doivent également être triés, traités, puis achetés et réutilisés.
À mesure que la REP se développe, les systèmes sont appelés à gérer un ensemble de matériaux plus large et plus complexe, selon des approches provinciales variables et des comportements de consommation en évolution, notamment une dépendance accrue à l'égard de la commodité, de la livraison et des emballages à emporter.
Ce ne sont pas des systèmes simples à concevoir ou à exploiter, c'est pourquoi les données sont importantes.
Les données permettent de distinguer ce qui est collecté – ce qui est déposé dans le bac de recyclage – et ce qui est réellement recyclé. Au Canada, la situation est encore compliquée par le fait que les données sur le recyclage sont communiquées à l’échelle provinciale, et que les méthodologies, la portée et les méthodes de mesure varient d’une province à l’autre. Tout ce qui est collecté n’est donc pas recyclé.
Des données claires et cohérentes permettent de prendre de meilleures décisions politiques et commerciales. En revanche, des lacunes ou des incohérences peuvent engendrer de la confusion et des interprétations divergentes de ce que représente la réussite.
Alors que la responsabilité élargie des producteurs (REP) continue d'évoluer au Canada, il est essentiel non seulement de transférer les responsabilités, mais aussi de veiller à ce que tous les éléments du système – de la conception et de l'utilisation des matériaux à leur collecte, leur tri et leur recyclage final – fonctionnent de concert. L'interprétation des données de recyclage est cruciale, car elle influence notre compréhension de la performance du système et la façon dont nous concevons, évaluons et améliorons les systèmes de recyclage à l'avenir.
Rachel Kagan
Directrice exécutive
Conseil environnemental des emballages papier et carton (PPEC)

