Après un rebond marqué en 2024, l’industrie française des papiers et cartons a connu en 2025 une année de stabilisation plutôt que de croissance. Les volumes produits se maintiennent, mais la structure du marché continue de se transformer, au profit de l’emballage et des papiers d’hygiène, tandis que les usages graphiques poursuivent leur baisse observée sur la dernière décennie.
Selon le rapport statistique 2025 de COPACEL, la production française de papiers et cartons atteint 6,53 millions de tonnes, un niveau quasiment inchangé par rapport à 2024 (-0,1%). Cette stabilité intervient après plusieurs années de fortes variations : une chute en 2023, puis un rebond en 2024 qui avait permis de revenir autour de 6,5 Mt.
Emballage et hygiène, piliers du modèle français
La composition de la production française confirme un mouvement déjà bien engagé : les papiers et cartons d’emballage constituent désormais le cœur de l’activité. En 2025, ces produits représentent environ 69% des volumes, avec une production de 4,51 Mt. À l’intérieur de ce segment, les papiers pour ondulé dominent largement (près de 3,9 Mt), tandis que les cartons et les papiers d’emballage souple reculent en 2025, après le rattrapage de 2024.
Les papiers d’hygiène se distinguent par une progression significative. Leur production atteint 888 800 tonnes, en hausse de 7,5% sur un an, avec une croissance moyenne légèrement positive sur la décennie, là où d’autres segments sont en recul. Ce dynamisme reflète la résilience de la demande en produits d’hygiène et de consommation courante.
Usages graphiques : un recul de longue durée
À l’inverse, les papiers à usages graphiques poursuivent leur baisse observée sur la dernière décennie. La production 2025 s’établit à 770 500 tonnes, en baisse de 2% par rapport à 2024, et en recul moyen de plus de 10% par an par rapport à 2015. La part des usages graphiques dans la production totale est désormais limitée à moins de 12%, contre près de 30% en 2015.
Cette tendance de fond, liée à la dématérialisation des usages (presse, édition, communication imprimée) et aux changements dans la consommation de papier, confirme le repositionnement de l’appareil industriel vers les segments porteurs que sont l’emballage et l’hygiène.
Un marché intérieur très ouvert et intégré à l’Europe
Le rapport COPACEL souligne également le degré d’ouverture du marché français. En 2025, 54% des papiers et cartons produits en France sont exportés, tandis que 59% des volumes consommés sur le marché intérieur proviennent des importations. Autrement dit, la France est à la fois un important exportateur et fortement dépendante de l’offre extérieure.
Cette situation reflète une forte intégration dans le marché européen. La majeure partie des échanges se fait avec les pays de l’Union européenne (Allemagne, Espagne, Italie, Belgique, pays nordiques), tant pour les papiers et cartons finis que pour les matières premières fibreuses. Les segments d’emballage constituent l’essentiel des flux, même si les papiers graphiques restent présents dans les échanges, notamment à l’import.
Matières premières : le poids croissant des fibres récupérées
Sur le plan des matières premières, 2025 confirme la montée en puissance des papiers et cartons à recycler dans le mix fibreux. Les fibres récupérées représentent 64% des matières fibreuses utilisées par l’industrie française en 2025, contre 55% en 2015. Les pâtes de bois (pâtes de cellulose) voient leur part reculer à environ 30%, tandis que les charges minérales et autres additifs se contractent également.
Cette évolution traduit à la fois la dynamique de l’emballage, fortement consommateur de fibres recyclées, et le cadre réglementaire européen qui pousse à la circularité et à la réduction de l’empreinte carbone. Elle souligne aussi la dépendance croissante de la filière à la disponibilité et à la qualité des flux de recyclage, dans un contexte où la consommation apparente se contracte légèrement (-1,2% en 2025).
Une industrie stabilisée mais en recomposition
Au total, 2025 apparaît comme une année de stabilisation en volumes, mais de recomposition stratégique. L’industrie papetière française reste à un niveau de production inférieur à celui de 2015 (près de 8 Mt à l’époque), avec une baisse moyenne annuelle de l’ordre de 2% sur dix ans. Dans ce paysage, l’emballage et les papiers d’hygiène s’imposent comme les piliers du modèle, tandis que les usages graphiques poursuivent leur décroissance.
Le poids des échanges extérieurs et la montée des fibres récupérées montrent que l’industrie française fonctionne désormais au cœur d’un écosystème largement européen, où compétitivité matière, énergie et logistique deviennent aussi déterminantes que les évolutions de la demande finale. Pour les acteurs du secteur, l’enjeu n’est plus seulement de défendre des volumes, mais de positionner leur outil industriel sur les segments où la valeur, la recyclabilité et la performance environnementale seront déterminantes.
COPACEL est l’union française des industries des papiers, cartons et celluloses. L’organisation représente les entreprises du secteur auprès des pouvoirs publics, des institutions européennes et des principales parties prenantes de la filière. Elle publie régulièrement des données économiques et statistiques sur l’industrie papetière française.

