Le tribunal de commerce de Bordeaux a validé la reprise des papeteries Condat, situées au Lardin-Saint-Lazare en Dordogne, par Condat Solutions, filiale de la Société de participation de la Braye (SPB).
La décision, annoncée début mars 2026, s’accompagne d’une restructuration majeure : seuls 21 salariés sur environ 200 seront conservés, tandis que près de 175 postes seront supprimés.
Le site, propriété du groupe espagnol Lecta depuis 1998, avait été placé en redressement judiciaire en octobre 2025 après plusieurs années de difficultés économiques. L’offre de reprise, évaluée à un million d’euros, prévoit une reconversion industrielle du site plutôt qu’une relance de la production papetière.
Un projet de transformation industrielle
Le repreneur prévoit un projet de réindustrialisation multisectoriel, avec l’objectif de créer jusqu’à 300 emplois à l’horizon 2030. Le plan inclut plusieurs activités industrielles et technologiques, notamment la production d’alumine décarbonée destinée à l’industrie automobile, le développement de matériaux biosourcés comme la nanocellulose, ainsi que la mise en place d’infrastructures numériques liées au calcul haute performance et à l’intelligence artificielle.
Le projet mentionne également la production de nanocellulose, un matériau biosourcé issu de la fibre de bois, de plus en plus étudié pour des applications industrielles avancées.
Le projet prévoit également la création d’un pôle énergétique intégrant l’hydrogène vert et la valorisation de chaleur industrielle. L’ensemble de ces activités serait regroupé au sein d’un écosystème industriel présenté comme un « Biopark ».
Pour les autorités locales, ce projet pourrait offrir de nouvelles perspectives économiques. La maire du Lardin-Saint-Lazare, Francine Bourra, estime que les investissements annoncés pourraient représenter une opportunité pour le territoire si les créations d’emplois se concrétisent.
Une transition socialement difficile
La restructuration du site suscite toutefois de fortes inquiétudes parmi les salariés et leurs représentants. Plusieurs organisations syndicales dénoncent la disparition de la quasi-totalité des emplois industriels existants.
Afin d’accompagner les salariés concernés, l’État a annoncé la mise en place d’un dispositif d’appui comprenant notamment une cellule d’accompagnement à la reconversion professionnelle. Les travailleurs pourront également bénéficier d’un contrat de sécurisation professionnelle incluant un suivi personnalisé, des formations et des possibilités de reconversion.
Une usine emblématique de la région
Fondée en 1907, l’usine de Condat a longtemps constitué l’un des principaux pôles industriels de la Dordogne. À son apogée, le site employait jusqu’à 1 200 personnes et figurait parmi les principaux employeurs privés du département.
Historiquement tournée vers la production de papier couché pour l’édition et la publicité, l’usine s’était récemment recentrée sur la fabrication de glassine, un papier siliconé utilisé notamment pour les étiquettes. Malgré plusieurs investissements publics et industriels, dont l’installation d’une chaudière biomasse cofinancée par les pouvoirs publics, la rentabilité du site n’a pas pu être rétablie.
Un secteur en mutation
La situation des papeteries Condat s’inscrit dans un contexte plus large de transformation de l’industrie papetière française. Depuis deux décennies, la production nationale de papiers et cartons recule sous l’effet combiné de la numérisation des usages, de la concurrence internationale et de la hausse des coûts énergétiques.
Selon les données de la filière, la production est passée d’environ 10 millions de tonnes au début des années 2000 à près de 6,5 millions aujourd’hui. Plusieurs fermetures d’usines ont également marqué le secteur ces dernières années.
Dans ce contexte, la reconversion du site de Condat illustre les mutations profondes auxquelles fait face la filière papetière européenne.

