L’industrie papetière, entre partenariats et nouveaux produits

UPM

Sören Back
Typographie

L’an dernier j’écrivais sur les compagnies papetières qui, en plus de leurs principales productions, tendent à se mouiller dans des domaines non traditionnels.

L’intégration tout au long de la chaîne de production pâte et papier existe depuis plusieurs décennies, en particulier par l’acquisition de marchands et de convertisseurs d’emballages. L’intérêt pour les marchands de papier a cependant cessé d’exister avec la chute du marché des papiers d’impression et le regroupement des actifs en carton ondulé entre les mains des producteurs de carton doublure et cannelé de qualité.

Une tendance dans certaines parties de l’industrie veut qu’il y ait un désir de cesser de vendre seulement de la fibre ou des matériaux fibreux pour offrir plutôt « des molécules », quelqu’en soit la forme. La source de matériaux bruts demeure la forêt ou les flux résiduels de pâte et de scieries, mais les produits finis ainsi que les clients sont bien différents. Tellement différents que la façon d’intégrer des chaînes reconnues est tout sauf évidente, en particulier sur des sentiers de produits peu connus et pour des acquisitions potentielles impliquant des cibles trop grandes pour être achetées. Autrement dit, on ne verra jamais un renard avaler un ours!

L’industrie de la pâte s’est déjà risquée sur de petites composantes de l’industrie chimique. Un exemple historique de cela se trouve en Suède pendant la Seconde Guerre Mondiale alors que les usines au sulfite produisaient de l’éthanol qui remplaçait le pétrole, disponible de manière limitée, comme composante brute pour les produits chimiques. Une fois la Guerre terminée, le pétrole a repris le terrain perdu et les usines au sulfite ont fermé leurs portes les unes après les autres, laissant la place aux compagnies de produits chimiques. L’exception à la règle, bien entendu, se trouve chez Borregaard, en Norvège, qui avec son portefeuille de produits peut être considéré comme une compagnie de produits chimiques à base de matériaux de bois brut.

La recherche sur les différentes façons d’utiliser les molécules du bois existe depuis plusieurs années mais ce qui retient l’attention aujourd’hui c’est que des sommes considérables sont dépensées non seulement en recherche et développement, mais aussi pour des usines de production à grande échelle et des partenariats avec des entreprises innovantes. UPM fut la première compagnie dans le monde à construire une bioraffinerie produisant du biodiésel et du naphta à partir de résine liquide. L’usine, intégrée à la papetière Kaukas à Lappeenranta, Finlande, affiche une capacité de 130 000 tonnes.

UPM annonçait aussi récemment qu’elle construira une bioraffinerie à grande échelle qui convertira le bois solide en produits biochimiques de la prochaine génération. L’usine sera située à Leuna, en Allemagne, et produira des glycols et de la lignine durables pour substituer aux ingrédients à base de produits fossiles dans une variété d’applications industrielles. Une fois en opération en 2022, UPM Leuna, dont l’investissement avoisine les 550 millions d’euros, aura une capacité de 220 000 tonnes.

Un exemple de compagnie de pâte et papier recherchant un partenariat avec une entreprise dans un tout autre domaine d’activités est survenu il y a quelques semaines. UPM BioVerno a annoncé la signature d’une entente à long terme avec INEOS pour fournir l’usine INEOS Köln en naphta produit avec de la résine liquide provenant de la raffinerie de Lappeenranta. INEOS Köln compte utiliser ce produit pour des polyoléfines bio-attribués entrant dans une vaste gamme de produits, allant d’emballage plastique pour la nourriture à de simples tuyaux. Ce faisant, UPM s’établit en tant qu’acteur dans une chaîne « non traditionnelle » en utilisant des sous-produits de ses activités primaires.

En 2017, la compagnie SCA s’est scindée en deux, soit la forestière SCA et la compagnie de produits d’hygiène et de soins de santé Essity. Aujourd’hui, SCA est le plus important propriétaire de forêt privée en Europe, elle opère cinq scieries, une papetière, deux usines de carton doublure kraft et une nouvelle usine de pâte, Ostrand, d’une capacité de 900 000 tonnes de pâte NBSK et de 100 000 tonnes de pâte chimico-thermomécanique. En s’appuyant sur la résine liquide, la biomasse solide et la liqueur noire, SCA prépare activement son entrée sur le marché des biocombustibles, tout en gardant de belles opportunités pour les produits exempts de combustibles fossiles.

En 2018, SCA et la compagnie d’énergie St1 ont formé un partenariat pour mettre au point la production à grande échelle de combustibles renouvelables à partir de résine liquide. Celle-ci sera expédiée des usines de pâte SCA à Munksund, Obbola et Ostrand dans le nord de la Suède vers Gothenburg ou se trouve la future usine de raffinage de St1. L’objectif du partenariat est d’ériger une nouvelle installation pour la production de combustibles renouvelables à la fine pointe à partir de résine liquide, pour une capacité annuelle de 100 000 tonnes/année. La construction de la nouvelle usine, sujette aux approbations d’usage pour les deux compagnies, aura lieu cette année et sera en opération en 2021. Le coût est évalué à 500M SEK.

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SCA a depuis 2014 travaillé sur une technologie pour produire des biocombustibles à base de liqueur noire et, en 2017, une usine pilote a été démarrée à l’usine SCA Obbola pour tester le tout à plus large échelle et de manière continue. Les résultats concluants ont incité SCA à plancher sur une bioraffinerie à grande échelle intégrée à son usine de pâte Ostrand. Le complexe sera en opération 24h sur 24, 365 jours par année, pour une production de 300 000 tonnes d’hydrocarbure à 100% opération.

Si elle voit le jour, la bioraffinerie comptera deux lignes de production, une utilisant de la biomasse solide comme le brin de scie, les écorces, les résidus d’opérations forestières, de scieries et d’usine de pâte, l’autre ligne sera alimentée en liqueur noire. La nouvelle bioraffinerie sera agrandie par stades. On construira et opèrera d’abord la ligne 1 et la ligne 2 sera complétée en même temps que la phase 2 du complexe.

Il convient de rappeler qu’aucune décision n’a été prise à savoir quand commencera la construction, puisque les lois et conditions sur les biocombustibles dicteront la marche à suivre. La demande de permis environnemental a récemment été déposée à la Cour locale des terres et de l’environnement.

Le volume de production en question est équivalent au combustible consommé par les vols domestique d’avions en Suède. La bioraffinerie produira des hydrocarbures servant à la consommation de véhicules au biocombustible, des produits chimiques, plastiques, colorants et plusieurs autres usages. L’ordre de grandeur de l’investissement requis demeure inconnu du public mais serait assez substantiel.

SCA et UPM constituent deux exemples d’entreprises prêtes à investir beaucoup dans le bioraffinage et la « vente de molécules », tout en continuant de produire des produits de pâte et de papier. Plus d’autres compagnies suivront cette voie, plus il se créera une masse critique de compagnies de produits forestiers, partenaires ou fournisseurs de molécules à l’industrie des produits chimiques et d’énergie, créant du même coup un vaste mouvement vers les produits non traditionnels basés sur des ressources durables.


Le texte original a été écrit en anglais par Sören Back


Sören Back, écrivain pigiste avec plus de 40 ans d'expérience dans l'industrie des pâtes et papiers

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