La Confédération des syndicats nationaux (CSN) intensifie ses appels à l’action face aux difficultés persistantes de l’industrie forestière québécoise. Réunis à Sherbrooke le 11 juin, les délégués de la Fédération de l’industrie manufacturière (FIM-CSN) ont adopté à l’unanimité une vision stratégique visant à freiner les fermetures d’usines et à structurer la transformation du secteur.
Selon les données présentées par la CSN, plus de 50 fermetures ont été recensées au Québec entre 2017 et 2025. De ce nombre, 30 usines ont fermé définitivement, entraînant la perte de 1 838 emplois directs, tandis que 22 autres ont connu une fermeture temporaire. La situation demeure préoccupante dans plusieurs régions, notamment à Saint-Michel-des-Saints, où l’avenir de la scierie locale reste incertain.
« Ça fait beaucoup trop d’années que nous sonnons l’alarme et que nous demandons des mesures vigoureuses et un plan d’ensemble pour la transition de l’industrie. Il est grand temps de nous écouter et d’agir si on veut empêcher l’industrie forestière d’être folklorisée », a déclaré la présidente de la CSN, Caroline Senneville.
Une transformation jugée nécessaire
La CSN réclame la mise en œuvre rapide d’un plan d’ensemble élaboré en concertation avec les gouvernements, l’industrie, les travailleurs et les communautés concernées. Selon l’organisation, Ottawa doit également jouer un rôle actif, la crise touchant l’ensemble du pays.
Le syndicat s’appuie notamment sur les recommandations du Groupe de travail canadien sur la transformation du secteur forestier, qui a récemment proposé un programme d’investissement fédéral de 10 milliards de dollars. Ces recommandations s’ajoutent à celles formulées lors du Sommet sur la forêt de 2025 et dans plusieurs autres analyses réalisées au cours des dernières années.
La CSN souligne également que la baisse de l’approvisionnement forestier, notamment en raison des feux de forêt, ainsi que les conséquences de la guerre tarifaire accentuent les pressions exercées sur l’industrie et ses travailleurs.
Les priorités de la vision syndicale
La stratégie adoptée par la FIM-CSN repose sur plusieurs mesures destinées à soutenir la compétitivité du secteur et à mieux accompagner les travailleurs touchés par les restructurations.
Parmi les principales recommandations figurent :
- la mise en place d’un chantier national de la sylviculture afin de répondre aux enjeux d’approvisionnement et d’améliorer l’attraction et la rétention de la main-d’œuvre;
- une réforme du régime forestier favorisant une gestion régionale de l’aménagement forestier;
- l’adoption d’une nouvelle politique industrielle axée sur une plus grande valeur ajoutée du bois;
- une meilleure promotion des métiers liés à la forêt;
- le développement de la formation continue en amont des fermetures d’usines;
- l’adaptation du régime d’assurance-emploi aux réalités des régions;
- la mise en œuvre d’une stratégie de repreneuriat;
- la création de comités de reclassement proactifs et de mesures facilitant la transition vers la retraite pour les travailleurs touchés.
Selon la FIM-CSN, la réussite de cette transformation nécessitera une collaboration étroite entre les gouvernements, les entreprises, les organisations syndicales et les Premières Nations.
Rencontre souhaitée avec la ministre
Dans l’immédiat, la fédération souhaite rencontrer la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Kateri Champagne Jourdain, afin de discuter des mesures qui pourraient être mises en œuvre au cours des prochains mois.
« Dès que possible, nous demandons une rencontre avec la nouvelle ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Kateri Champagne Jourdain, afin de voir ce qui peut être fait dans les prochains mois, avant les élections », a affirmé le président de la FIM-CSN, Kevin Gagnon.
Les prochains mois seront déterminants pour l’avenir de l’industrie forestière dans plusieurs régions du Québec, estime la centrale syndicale.

