L’industrie européenne des pâtes et papiers demande à la Commission européenne de maintenir inchangées les valeurs de référence du système d’échange de quotas d’émission (ETS) pour la période 2026-2030. Selon la Confédération européenne des industries du papier (Cepi), la révision proposée pourrait réduire de près d’un milliard d’euros par année la capacité d’investissement du secteur dans la décarbonation.
Cette prise de position intervient quelques jours après que Cepi et plusieurs organisations forestières européennes ont appelé à un cadre climatique post-2030 mieux adapté aux réalités de la bioéconomie et de l’industrie forestière.
La demande a été formulée alors que les États membres de l’Union européenne examinent une proposition de la Commission visant à mettre à jour les références utilisées dans le calcul des allocations gratuites de quotas carbone.
Selon Cepi, la quasi-totalité des installations de pâtes et papiers serait touchée par une réduction de 50 % des valeurs de référence, soit le niveau maximal prévu par la proposition. L’organisation estime que cette révision repose sur des données de 2021 et 2022 qui ne reflètent plus les réalités actuelles, notamment la hausse des coûts de l’énergie et l’instabilité géopolitique.
Un enjeu de compétitivité
L’industrie souligne qu’elle utilise depuis longtemps les mécanismes de l’ETS pour soutenir ses investissements de réduction des émissions. Elle demande donc que les références appliquées durant la période 2021-2025 soient reconduites sans modification jusqu’en 2030.
Selon Cepi, les prochaines étapes de la décarbonation seront beaucoup plus coûteuses que les précédentes. Les investissements nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques du secteur devraient être environ sept fois plus élevés que les niveaux actuels.
L’organisation estime qu’une diminution des allocations gratuites réduirait la capacité d’investissement des producteurs européens d’environ 1 milliard d’euros par an. À titre d’exemple, un projet de plus de 250 millions d’euros visant à porter une usine à 98 % d’énergie sans combustible fossile pourrait nécessiter plus de 25 ans pour être rentabilisé avec un prix du carbone de 70 € la tonne.
La question de la biomasse
Cepi met également en garde contre certaines règles touchant les installations utilisant de la biomasse secondaire, issue des résidus de fabrication du papier. Selon l’organisation, le seuil de 95 % de biomasse requis pour être exclu de l’ETS pénalise les entreprises qui ont déjà investi dans la réduction de leur consommation de combustibles fossiles.
L’industrie fait également valoir que les producteurs européens supportent une part disproportionnée des coûts carbone à l’échelle mondiale. Des analyses citées par Cepi indiquent que 80 % des coûts liés au carbone dans le monde sont assumés par des entreprises et consommateurs européens.
Pour Jori Ringman, directeur général de Cepi, le système ETS a pourtant joué un rôle déterminant dans les progrès réalisés jusqu’à présent.
« En utilisant l’ETS comme incitatif à l’investissement, nous avons réduit nos émissions de gaz à effet de serre de plus de 50 % depuis 2005. Mais le reste du chemin vers la carboneutralité d’ici 2050 sera plus difficile, et les réductions proposées pourraient rendre cet objectif presque impossible à atteindre », a-t-il déclaré.
La Cepi (Confédération européenne des industries du papier) représente l’industrie des pâtes et papiers en Europe. Elle regroupe les associations nationales du secteur et intervient auprès des institutions européennes sur les enjeux liés au climat, à l’énergie, à la compétitivité et à l’économie circulaire.

