Série témoignages en usine : stratégie de maintenance efficace

Stratégies de maintenance en usine de pâtes et papiers

Source de l'image : LMP

Maintenance

Dans les usines de pâtes et papiers, la performance ne repose plus uniquement sur la capacité de produire, mais sur la capacité de durer. Derrière chaque tonne produite, il y a une réalité moins visible : celle d’équipements sollicités en continu, de ressources limitées et de décisions prises sous pression.

Alors que plusieurs segments de l’industrie évoluent dans des marchés en contraction, les équipes doivent maintenir des installations souvent vieillissantes tout en répondant aux exigences de fiabilité, de qualité et de sécurité. Ce contexte transforme la maintenance en un levier stratégique, bien au-delà d’une simple fonction de soutien.

À travers ce témoignage ancré dans la réalité du terrain, l’article explore les pratiques actuelles de maintenance, où l’expérience, l’anticipation et une gestion rigoureuse du risque deviennent essentielles pour assurer la continuité des opérations.

Dans l’industrie des pâtes et papiers, les machines fonctionnent en opération continue, souvent pendant plusieurs mois sans arrêt. Dans ce contexte, la fiabilité des équipements devient un facteur déterminant pour assurer la stabilité de la production, la qualité du produit et la sécurité des opérations.

Toutefois, la réalité de notre industrie impose plusieurs contraintes. Plusieurs marchés dans lesquels nous opérons sont en décroissance, ce qui exerce une pression constante sur les coûts d’exploitation. Les budgets d’entretien sont souvent limités ou réduits, et une grande partie des installations doit composer avec des équipements vieillissants, désuets ou en fin de vie utile.

Dans ces conditions, il devient difficile de mettre en place des programmes de maintenance dits de classe mondiale, avec tous les outils et les ressources normalement associés à ces modèles. Malgré cela, la responsabilité demeure la même: maintenir les actifs en opération et optimiser l’efficacité des équipements afin d’assurer la continuité de la production.

Dans ce contexte, les équipes de maintenance doivent faire preuve de créativité, d’agilité et d’un sens aigu de la gestion des risques. La mise en place d’une stratégie structurée de maintenance préventive et prédictive permet d’anticiper les défaillances, de réduire les arrêts imprévus et d’optimiser l’utilisation des ressources. La maintenance proactive, quant à elle, repose sur les expériences vécues, la connaissance approfondie des équipements par les équipes et l’implication du personnel d’opération dans le processus de sélection des travaux selon les criticités observées.

Planification des arrêts

Dans plusieurs usines, les arrêts majeurs sont planifiés jusqu’à un an à l’avance afin de coordonner efficacement les travaux critiques. Cette planification inclut notamment la séquence de remplacement des rouleaux et des équipements tournants critiques, qui représentent une partie importante des travaux de maintenance dans une usine de pâtes et papiers.

Une planification détaillée permet:

  • de sécuriser les ressources expertes
  • de préparer les pièces et les chantiers complexes
  • de minimiser la durée de l’arrêt
  • de coordonner les différents corps de métier

Cette préparation en amont est essentielle pour maintenir la performance des installations et maximiser la disponibilité des équipements.

La préparation: l’outil le plus efficace

La préparation demeure l’un des outils les plus efficaces pour assurer le succès des travaux de maintenance. Les rencontres préparatoires doivent être utilisées pour mobiliser les équipes, partager l’information technique et permettre aux techniciens d’intervenir avec efficacité et précision.

Dans un contexte où les ressources sont limitées, une bonne préparation permet souvent de compenser le manque de moyens et d’optimiser l’utilisation de la main-d’œuvre disponible.

Les défis humains: main-d’œuvre et expertise

Au-delà des aspects techniques, l’un des enjeux majeurs demeure la disponibilité de la main-d’œuvre qualifiée. Dans plusieurs installations industrielles, les équipes doivent composer avec:

  • une main-d’œuvre restreinte
  • une perte progressive d’expérience
  • un transfert de connaissances parfois difficile

Dans ce contexte, la documentation des interventions, le partage d’expériences et la formation continue deviennent des éléments essentiels pour maintenir un haut niveau de fiabilité.

Les routes d’inspection: avant, pendant et après les arrêts

Pour soutenir cette planification, plusieurs usines implantent des routes d’inspection structurées avant, pendant et après les arrêts de machine. Ces inspections visent à cibler les équipements critiques, à détecter rapidement les anomalies et à établir des références pour le suivi futur.

Ces routes incluent généralement:

  • la thermographie pour détecter les points chauds
  • l’analyse vibratoire des équipements rotatifs
  • l’analyse conditionnelle de certains composants
  • les inspections visuelles des structures, des rouleaux, des entraînements et des organes électriques

Cette approche permet de mieux préparer les travaux à réaliser lors des arrêts et d’identifier des problématiques émergentes avant qu’elles ne deviennent critiques.

L’analyse vibratoire et la gestion du risque

L’analyse vibratoire demeure l’un des outils les plus utilisés pour surveiller les équipements rotatifs dans les usines de pâtes et papiers. Elle permet notamment de détecter:

  • le désalignement
  • le déséquilibre
  • les défauts de roulements
  • les problèmes d’engrenage

Toutefois, l’interprétation des données doit toujours être mise en relation avec le risque associé à une défaillance. Une anomalie vibratoire ne signifie pas nécessairement une intervention immédiate. La décision dépend souvent des conséquences possibles d’un bris, de l’accessibilité de l’équipement et de la possibilité d’intervenir lors d’un arrêt planifié.

Dans certains cas, une stratégie de run-to-fail peut également être envisagée pour des équipements non critiques, lorsque le risque pour la production demeure acceptable et que la sécurité n’est pas compromise.

Dans un contexte d’équipements vieillissants et de budgets limités, cette approche peut parfois faire partie d’une gestion du risque assumée, où les ressources sont concentrées sur les équipements les plus critiques.

La durée de vie des équipements tournants: un défi constant

Dans les usines de pâtes et papiers, la durée de vie utile des équipements — notamment les rouleaux, les pompes, les ventilateurs, mais aussi certains équipements électriques comme les variateurs de vitesse, les disjoncteurs ou les transformateurs — demeure un défi important.

Les conditions d’opération, la charge, l’humidité et les variations de production peuvent influencer significativement la durée de vie des différentes composantes.

Cette réalité exige des équipes de maintenance une grande agilité et une capacité d’adaptation afin de trouver des solutions créatives pour prolonger la durée de vie des équipements tout en limitant les risques pour la production.

Conclusion

Dans l’industrie des pâtes et papiers, la combinaison d’une planification rigoureuse des arrêts, d’outils de maintenance prédictive et de l’expertise des équipes terrain constitue la base d’une stratégie de maintenance efficace.

Même si les conditions d’exploitation, marchés en transformation, budgets limités et équipements vieillissants rendent difficile l’implantation de modèles de maintenance idéaux, les équipes demeurent responsables de maintenir les actifs en fonction et d’assurer la continuité des opérations.

Dans ce contexte, la capacité d’adaptation, l’expérience terrain et une gestion intelligente du risque deviennent des éléments essentiels pour maintenir la performance des installations dans un environnement industriel exigeant.