Depuis des décennies, les usines de pâte et papier sont associées à une forte consommation d’énergie. Aujourd’hui, une nouvelle idée gagne du terrain dans les milieux industriels et climatiques : ces installations pourraient devenir des plateformes efficaces de captage et de retrait du carbone.
Le concept repose sur le BECCS (bioénergie avec captage et stockage du carbone). Contrairement au captage traditionnel, qui cible les émissions fossiles, cette approche s’applique au CO₂ biogénique — celui libéré lors de la combustion de biomasse comme les résidus de bois ou la liqueur noire.
Comme les arbres absorbent du dioxyde de carbone durant leur croissance, capter et stocker durablement ce CO₂ permettrait d’obtenir des émissions négatives. Autrement dit, il deviendrait possible de retirer du carbone de l’atmosphère.
Plusieurs projets explorent déjà cette voie. Au Canada, le projet Rocky Mountain Carbon étudie l’intégration du captage du carbone à l’usine de pâte de Hinton, en Alberta. Une étude d’ingénierie FEED est en cours afin d’évaluer la faisabilité du captage et du stockage permanent pouvant atteindre 1,3 million de tonnes de CO₂ par an.
Des initiatives similaires émergent en Scandinavie. En Finlande, Metsä Group examine comment les grandes usines de pâte kraft pourraient capter le CO₂ biogénique issu des chaudières de récupération et des fours à chaux. En Suède, Stockholm Exergi développe une installation BECCS à grande échelle visant à retirer environ 800 000 tonnes de CO₂ par an.
Pour les industriels du secteur, les enjeux dépassent la conformité environnementale. Si les marchés du captage du carbone se structurent, les usines de pâte pourraient générer des crédits carbone, créant ainsi une nouvelle source de revenus en complément de la pâte, du papier et de l’énergie.
Cette perspective attire l’attention, car l’industrie papetière dispose déjà de nombreux atouts nécessaires au BECCS : des volumes importants de CO₂ biogénique, des systèmes énergétiques intégrés à base de biomasse et des infrastructures industrielles existantes.
Des défis importants subsistent toutefois. Les équipements de captage doivent s’intégrer à des procédés industriels complexes. Les infrastructures de transport et de stockage du CO₂ restent à développer. Enfin, la rentabilité dépendra largement de l’évolution des marchés de crédits carbone.
Une question s’impose désormais dans les débats industriels et climatiques : les usines de pâte pourraient-elles évoluer d’unités de production d’énergie vers de véritables pôles de retrait du carbone ?
Si tel est le cas, un secteur clé de la bioéconomie pourrait jouer un rôle encore plus important : retirer du carbone de l’atmosphère tout en continuant à produire des matériaux renouvelables pour l’économie mondiale.

