Le secteur papetier québécois fortement exposé aux tarifs

Grandes bobines de papier dans une usine papetière.

Le secteur papetier québécois figure parmi les sous-secteurs manufacturiers les plus exposés aux tensions commerciales analysées par Prospera. Photo: Archives LMP

Analyse de marché

La fabrication du papier au Québec figure parmi les sous-secteurs manufacturiers les plus exposés à la combinaison des tarifs américains et des contre-tarifs canadiens, selon l’édition 2026 du Baromètre économique Prospera.

Selon le modèle du rapport, les scénarios examinés pourraient mettre à risque 1 091 emplois directs, indirects et induits soutenus par l’activité de la fabrication du papier au Québec.

Ce chiffre ne constitue toutefois pas une prévision de mises à pied dans les usines papetières. Prospera précise que ses calculs mesurent le nombre d’emplois soutenus par un niveau donné de production, et non le nombre de licenciements qui pourraient effectivement survenir.

Plus de la moitié des exportations vers les États-Unis

Selon les données utilisées dans le rapport, le secteur de la fabrication du papier (SCIAN 322) comptait 17 433 emplois salariés au Québec en 2025. Ses exportations mondiales se sont élevées à 9,7 milliards de dollars, dont 53,8 % à destination des États-Unis. Les données commerciales couvrent la période d’août 2025 à juillet 2026.

Cette part de 53,8 % illustre l’importance du marché américain pour le secteur papetier québécois.

Parmi les dix sous-secteurs manufacturiers analysés, la fabrication du papier obtient un indice de double exposition de 78,6, le deuxième plus élevé derrière la fabrication de matériel, d’appareils et de composants électriques, à 84,4.

Cet indice combine l’exposition aux tarifs américains relevant de la section 338 et celle des chaînes d’approvisionnement aux contre-tarifs canadiens. Il s’agit d’un indicateur de positionnement relatif parmi les dix secteurs étudiés, et non d’un taux tarifaire ou d’un pourcentage des échanges touchés.

Les mesures américaines relevant de la section 338 correspondent, dans le modèle, à une charge tarifaire théorique estimée à 3,92 $ par tranche de 100 $ d’exportations mondiales du secteur. Les contre-tarifs canadiens représentent parallèlement une charge théorique estimée à 0,22 $ par tranche de 100 $ d’intrants intermédiaires.

Le rapport précise que ces estimations ne correspondent pas nécessairement aux droits effectivement payés par les entreprises, notamment en raison des exemptions, des remises, du partage des coûts et des mesures d’adaptation.

Les exportations, principale source de pression

La ventilation des résultats montre que, pour la fabrication du papier, la principale source de pression proviendrait de l’effet des tarifs américains sur les exportations.

Dans le scénario portant sur la section 338 et les contre-tarifs canadiens, le modèle associe 911 emplois à risque aux effets des tarifs américains et 37 emplois à ceux des contre-tarifs. À l’inverse, la substitution d’une partie des importations par de la production québécoise pourrait soutenir 82 emplois.

À ces effets s’ajouteraient 223 emplois à risque liés aux effets induits, notamment à la baisse des dépenses des ménages découlant de la diminution des revenus d’emploi. Le résultat net atteint ainsi 1 089 emplois potentiellement à risque pour la fabrication du papier.

L’ajout des mesures relevant de la section 232 n’accroît que marginalement cette estimation, qui passe de 1 089 à 1 091 emplois.

À l’échelle des dix secteurs étudiés, la section 232 modifie toutefois sensiblement le portrait en augmentant fortement l’exposition des industries liées aux produits métalliques. La première transformation des métaux et la fabrication de produits métalliques deviennent ainsi les secteurs les plus exposés aux tarifs américains.

Des estimations à interpréter avec prudence

Prospera souligne que ces résultats doivent être considérés comme des ordres de grandeur plutôt que comme des prévisions précises.

Les calculs reposent sur une approximation linéaire et sur des multiplicateurs statiques d’emploi du Québec datant de 2022. Le modèle ne tient notamment pas compte d’une éventuelle réorientation des exportations, des contraintes de capacité ou des autres ajustements que pourraient effectuer les entreprises.

Les 1 091 emplois à risque ne doivent donc pas être interprétés comme autant de pertes d’emplois prévues dans les papetières québécoises, mais comme une estimation des emplois directs, indirects et induits qui pourraient ne plus être soutenus si les effets économiques modélisés se matérialisaient.

Un risque plus large pour le secteur manufacturier

Pour l’ensemble des dix sous-secteurs manufacturiers retenus, Prospera estime que les mesures tarifaires pourraient réduire la production de 5,32 à 6,59 milliards de dollars. En tenant compte des effets directs, indirects et induits, le nombre d’emplois potentiellement à risque se situerait entre 17 021 et 22 786.

Ces dix secteurs représentent à eux seuls 68,1 % des exportations québécoises vers les États-Unis. Ils offrent ainsi un portrait concentré des principaux foyers d’exposition industrielle, sans constituer une analyse exhaustive de l’économie québécoise.

À moyen et à long terme, Prospera souligne que les conséquences dépendront notamment de la capacité des entreprises à diversifier leurs marchés d’exportation, à modifier leurs sources d’approvisionnement, à adapter leur production et à maintenir leurs investissements malgré l’incertitude commerciale.

Pour le secteur papetier québécois, le rapport met ainsi en évidence une exposition importante aux tensions commerciales avec les États-Unis, alors que plus de la moitié de ses exportations sont dirigées vers ce marché.