PROFIL DE PAPETIER
Yves Gauthier
Usine Kruger
Transformer les défis en possibilités, selon Yves Gauthier

Par Jaclin Ouellet

Yves Gauthier a le « K » de Kruger tatoué sur le cœur. Non seulement a-t-il fait ses premières armes - ses stages - à l’usine Kruger de Trois-Rivières, mais il œuvre encore aujourd’hui pour l’entreprise fondée par la famille de Joseph Kruger II. Ayant débuté comme ingénieur de procédés à sa sortie de l’Université de Sherbrooke, en 1984, il est par la suite devenu assistant technique au développement de produits, puis est passé aux papiers spéciaux et au papier journal entre 1993 et 1997. Il a ensuite été promu surintendant de production des pâtes mécaniques, poste qu’il a occupé de 1997 à 1998 avant d’occuper les fonctions de surintendant de production des papiers spéciaux, de 1998 à 2002. Tout au long de ce parcours, Yves Gauthier a appris son métier à la façon Kruger.

« Kruger s’est diversifiée de belle façon avec les années », enchaîne-t-il, donnant comme exemple les domaines de l’énergie, du recyclage et des papiers à usages domestiques. Dans le groupe des Papiers pour publications, l’entreprise adopte une attitude très proactive avec des programmes de récupération et de réduction de la consommation énergétique, ou encore dans le développement de nouveaux produits. « Nous bénéficions d’un processus décisionnel beaucoup plus rapide, grâce à la propriété unique de Kruger et d’une philosophie d’entreprise qui nous permet de transformer plusieurs défis en possibilités ».

Dans le cadre de son passage à l’usine Kruger Wayagamack comme surintendant et directeur de production, de 2002 à 2008 (Kruger avait racheté l’usine d’Abitibi-Consolidated en 2001), M. Gauthier a joué un rôle prépondérant dans ce qu’il qualifie de « projet d’une vie », soit le projet de nouvelle machine à papier couché, la MP #4, d’une valeur de 400 millions $.

« J’ai eu la chance de travailler sur ce projet avec une équipe multidisciplinaire formidable. Le taux d’adrénaline était très élevé », confie-t-il. M. Gauthier a participé, avec l’équipe des projets majeurs de Kruger, à la conception, aux achats et à l’installation des équipements. Il a été impliqué dans la programmation des systèmes de contrôle et la préparation des diagrammes de procédé et logiques, tout en s’occupant des relations avec plusieurs partenaires du projet (fournisseurs de produits chimiques, de pigments et d’habillage) et de la formation des équipes d’opération et des superviseurs … Une tâche colossale!

M. Gauthier souligne fièrement qu’il ne s’est déroulé que 22 mois entre l’achat de la ligne de production OptiConcept de Metso et sa mise en marche. « Il ne nous a fallu que trois à quatre mois pour effectuer le rodage et atteindre les performances visées. La vitesse d’apprentissage des procédés était fulgurante! » Lorsqu’on lui demande ce qui constituait le plus gros défi de ce projet, l’ingénieur natif de Trois-Rivières n’hésite pas une seconde. « Nous devions composer avec de tous nouveaux concepts. OptiConcept fait appel à une production de papier entièrement en ligne, y compris le couchage et le calandrage. C’est une façon de faire entièrement différente des autres machines à Trois-Rivières. Mais Kruger a été séduite par toutes les opportunités de la production en ligne : des coûts d’opération moindres, une diminution de la perte de papier (tear off), ainsi que l’uniformité du procédé et de la qualité du papier produit ».

La machine OptiConcept à la Division Wayagamack peut produire une feuille d’une largeur de 286 pouces à l’enrouleuse, à plus de 5 000 pieds/minute, et d’un poids de base de 40-60 grammes/mètre carré. Sa production journalière de papier couché léger #5 est de l’ordre de 700 tonnes métriques/jour. Six opérateurs sont affectés à la machine. Celle-ci est munie d’une caisse d’arrivée à dilution, d’une zone de formation de la feuille OptiFormer, d’une section de pressage à trois pinces avec presse à sabot en troisième position, d’une unité de couchage OptiSizer et d’une supercalandre OptiLoad. Le bout sec de la machine trouve son apogée avec la bobineuse Winbelt entièrement automatisée.

Aujourd’hui directeur de production des papiers couchés à la Division de Trois-Rivières, M. Gauthier est à même de comparer la production en ligne de l’OptiConcept à celle du papier surcalandré et de grades très légers hors ligne à cette usine. « Il faut dire qu’ici nous travaillons avec des coucheuses à lames et non avec un « Filmcoater », permettant la fabrication de papiers couchés pour impression Rotogravure. Le couchage hors ligne offre plus de flexibilité », observe-t-il. La gestion du flux de production est un secteur où Kruger investit beaucoup d’effort et d’attention.

Loin du sentiment d’avoir tout accompli pendant sa carrière maintenant longue de 25 ans, Yves Gauthier estime qu’il a encore des défis… ou plutôt des possibilités à relever! « Notamment du côté de la synergie Opérations/Maintenance, il reste beaucoup de chemin à faire pour maximiser nos rendements ».

Bien que l’industrie papetière ait passablement changé depuis son embauche par Kruger à titre d’ingénieur de procédé en 1984, M. Gauthier constate qu’elle a encore plus à offrir aux jeunes papetiers d’aujourd’hui. « En plus, il existe une variété de domaines intéressants pour faire carrière, que ce soit en mécanique, en électrotechnique, en chimie de procédé… les occasions de faire avancer les processus sont réelles, ainsi que les possibilités d’avancement. Avec les départs à la retraite, il y a et il se créera de plus en plus d’ouvertures. Il faut seulement que l’industrie relaie ce message et se fasse plus attrayante pour les étudiants à la recherche d’une carrière », conclut-il.

signature de Jaclin Ouellet