Accueil Blogues Jaclin Ouellet Doit-on sauver le recyclage au Québec?

Doit-on sauver le recyclage au Québec?

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Plus ça change, plus c'est pareil. Du moins dans le secteur du recyclage de vieux papiers, qui n'en finit plus d'agoniser.

En effet, dans un éditorial écrit en novembre 2010 dans Le Maître papetier, je constatais hélas que l'industrie du recyclage au Québec n'était qu'une illusion, la Chine dictant dorénavant les règles du jeu.

A l'époque, la quantité l'emportait sur la qualité : les Chinois mettaient le grappin sur tout ce qu'ils pouvaient, indépendamment de la qualité des vieux papiers. La filière chinoise gobait tout sans mot dire.

Or, les exigences qualité des papetières chinoises se sont resserrées et nos vieux papiers, contaminés par d'autres produits comme le verre et le plastique, ne sont pas bienvenus. Cette attitude de fermeture est un phénomène relativement récent puisqu'en 2015, selon Recyc-Québec, les centres de tri québécois écoulaient 707 000 tonnes de ballots de papier/carton. Ces matières représentaient 88% de ce qui est vendu, le tout principalement en Chine.

Cependant, depuis juillet 2017, la Chine a fermé ses frontières aux déchets étrangers. Conséquemment, et c'est ce que titrait Le Devoir dans son édition du 28 avril dernier : le papier récupéré au Québec ne vaut pratiquement rien. Face à cette crise annoncée depuis longtemps, selon Karel Ménard, DG du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, l'industrie québécoise du recyclage s'est mis la tête dans le sable bien trop longtemps au lieu de s'adapter à la situation. ''On a demandé à la population de récupérer, mais on ne s'est jamais demandé ou vont les matières premières. Conséquemment, le recyclage au Québec vivote et n'offre guère de débouchés » constate-t-il.

Que faire alors avec cette industrie moribonde? Doit-on s'acharner à sauver ce qu'il en reste ? Ou doit-on tabler sur la profession de foi de papetières comme Kruger et Cascades qui disent vouloir acheter plus de matières récupérées ici? À condition, bien entendu, de composer avec une meilleure qualité de matériel. Hugo D'Amours, porte-parole chez Cascades (500 000 tonnes/année de papiers recyclés consommées), note que « plus la matière est à proximité, plus on réduit nos frais de transport. » Même son de cloche chez Kruger, dont les trois usines québécoises consomment chaque année 700 000 tonnes de matières recyclées. « Notre objectif est de consommer davantage de tonnes locales afin de favoriser l'économie circulaire chez nous, au Québec, » d'observer Jean Majeau, porte-parole chez Kruger. A deux, Kruger et Cascades seraient donc capables d'absorber la totalité du papier et du carton récupéré au Québec.

Mais à l'heure actuelle, la fluctuation de la qualité de nos matières ne passe pas auprès de ces entreprises. Le papier mixte dans les ballots ne permet pas d'atteindre les objectifs de qualité du produit fini. Qui plus est, ces ballots sont contaminés par le verre et le plastique, dont il est difficile de se débarrasser.

Recyc-Québec, un peu beaucoup en mode panique, a procédé, en janvier dernier, à un appel de propositions de 3 millions$ pour soutenir des projets d'amélioration de la matière première. Même le gouvernement s'en mêle et la ministre de l'Environnement, Isabelle Melançon, refuse catégoriquement d'envisager l'enfouissement de 6000 tonnes de papier dont le centre de tri de Montréal n'arrive toujours pas à se départir. Mais elle n'a pas de plan concret à proposer au moment d'écrire ces lignes.

Serait-ce trop peu, trop tard de toute façon? Les papetières seraient-elles prêtes à investir elles-mêmes dans l'approvisionnement en papiers recyclés pour en garantir le niveau de qualité attendu? Rien n'est moins sûr. Sur le moyen et long terme, les papetières peuvent s'approvisionner à meilleur coût en vieux papiers américains ou même asiatiques. Plus que jamais, un sauvetage à tout prix de l'industrie québécoise du recyclage de vieux papiers parait improbable, voire même non souhaitable.

Retour au bercail
Suite à un heureux concours de circonstances, je reviens au bercail et écrirai de nouveau pour Le Maître papetier et Paper Advance. Depuis mon dernier éditorial en juin 2011, j'ai suivi du coin de l'oeil l'évolution de l'industrie papetière. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, des entreprises ont changé de nom, géré leurs actifs de la meilleure façon possible et plus que jamais, cette industrie doit évoluer dans un contexte commercial global extrêmement exigeant. Les marchés cycliques, comme le papier journal, ont poursuivi leur décroissance infernale, alors que les fabricants de carton-caisse (boîtes) peinent à répondre à la demande sans cesse croissante des achats en ligne et des Amazon de ce monde. Plusieurs compagnies sont engagées dans des programmes de R&D et de diversification de leur production (tel que la transformation de biomasse en biomatériaux chez Domtar Windsor). La R&D représente d'ailleurs un secteur d'activité en soi, vital pour la mise au point de produits dérivés du bois.

Il n'en demeure pas moins que malgré la diversification des produits et une recherche à la fine pointe, il s'agit toujours d'assurer la pérennité de cette bonne vieille industrie papetière. Plus ça change ...




 
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