Le Maître Papetier

Vendredi 15 décembre 2017

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Redevenir les maîtres du jeu

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16 916. C'est officiellement le nombre d'emplois forestiers (tous secteurs confondus) perdus au Québec depuis avril 2005, selon Ressources Naturelles Canada. Une statistique parmi tant d'autres qui illustre bien l'envergure de la saignée qui a eu lieu. Toute rétrospective de l'industrie des dix dernières années a de quoi donner le vertige (ou la nausée, c'est selon)! Plusieurs médias ont fait l'exercice au cours des dernières semaines, laissant du même coup planer le doute sur la survie de l'industrie des produits forestiers. Et pourtant ...

L'analyse économique populaire veut que 2010 soit une année de reprise encore timide dans la perspective d'un redressement plus solide en 2011 et 2012. Une fois ce constat posé, que fait-on? On attend qu'AbitibiBowater sorte de la faillite pour élaborer le plan de match des 10 prochaines années? Ou que la caravane repasse pour décider si nous en faisons ou non partie? J'espère que non. Car l'avenir de l'industrie ne se joue pas à ce niveau. Derrière l'actualité et l'image rendue par les médias, il y a les coulisses. Or, il règne dans les coulisses une effervescence, une fébrilité incroyable. C'est bien là que se joue la vraie partie de poker : celle pour le contrôle des énergies renouvelables.

Que vous interrogiez Alain Lemaire, PDG de Cascades ou Guy Chevrette, PDG du Conseil des industries forestières du Québec, ils en viennent invariablement à la même conclusion : le salut de l'industrie passe par l'innovation. Et ce sont les artisans de l'innovation qui travaillent en ce moment en coulisses à la métamorphose de l'industrie. La décennie 2010-2019 marquera non seulement la fin du déclin enclenché vers la fin des années 90, mais le début d'une nouvelle ère, s'appuyant sur l'arrivée de nouveaux produits écologiques sur les marchés.

Dans une récente entrevue à La Presse, le doyen de la faculté de Foresterie de l'Université Laval, Robert Beauregard, constate que toute l'effervescence dans la recherche forestière tourne autour de la mobilisation planétaire pour la réduction des gaz à effet de serre. « L'avenir est dans le bois, avance-t-il, encore plus depuis la rencontre internationale de Copenhague, au Danemark, où les participants se sont entendus, à la mi-décembre, sur la valeur du bois pour la séquestration du carbone. » Les plastiques et dérivés de la pétrochimie seront peu à peu remplacés par les papiers cartons. Certains grades seront même intelligents, permettant d'identifier et d'éradiquer des bactéries, notamment dans les emballages alimentaires.

Patrice Mangin, directeur du Centre intégré en pâtes et papiers et professeur au Département de génie chimique de l'Université du Québec à Trois-Rivières, va encore plus loin dans sa vision, de sorte que l'industrie sera d'ici une vingtaine d'années un important fournisseur et transformateur de biomasse. « Nous sommes assis sur une mine de biomasse, à nous de l'utiliser intelligemment, » lance-t-il dans l'entrevue publiée dans ce numéro du bulletin trimestriel du Maitre papetier. D'ailleurs, les principaux instituts de recherche (CIPP, FP Innovations et le Centre international de couchage, notamment) se concertent à l'heure actuelle pour élaborer le plan de match de l'industrie. But avoué : obtenir des fonds supplémentaires pour la R&D dans le secteur des bioénergies. Objectif à long terme : la création d'un nouveau secteur économique, à partir des infrastructures industrielles actuelles.

Les dix prochaines années sont donc à la fois prometteuses et dangereuses. Il faut créer les conditions de développement de notre industrie tout en assurant sa compétitivité sur le court et moyen terme. La clé : la concertation. L'industrie des produits forestiers doit parler d'une seule voix, prendre une seule et même direction, adopter un plan de développement unique qui lui confère tout le poids que doit avoir un secteur économique et industriel de cette importance. Il n'y a pas de place pour l'éparpillement et les guerres de clochers du passé : les acteurs de l'industrie doivent revenir aux principes de base de la discussion et de la collaboration et se mobiliser autour d'un objectif commun : la croissance à long terme.

Justement, profitez d'EXFOR 2010 et de la réunion annuelle de l'ATPPC pour renouer avec vos pairs, discuter avec eux et sortir de vos bulles respectives. Peut-être avez-vous un plan d'avenir intéressant pour l'industrie, ou qu'un projet à venir ou en cours fera toute la différence pour votre compagnie ou organisme. N'ayons pas peur de faire des choix, aussi douloureux ou déstabilisants soient-ils. Sortons de notre léthargie et battons-nous, non pas avec l'énergie du désespoir, mais bien avec celle de l'espoir. Car l'industrie canadienne des produits forestiers a déjà en main tous les atouts nécessaires pour redevenir le maître du jeu et assumer le leadership de l'économie verte encore naissante.


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