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Mercredi 12 décembre 2018

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Les défis et opportunité de la filière biomasse

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Plus de 150 personnes se sont rassemblées pour assister à la 2e conférence sur le chauffage à la biomasse forestière résiduelle, présentée à Québec le 8 novembre.

D'entrée de jeu, Amélie Saint-Laurent Samuel, porte-parole de Vision Biomasse Québec (VBQ), a souligné l'importance de ce regroupement qui compte une trentaine de membres pour développer une filière exemplaire et performante et pour élever les standards en termes de chaufferies. « Dans les prochaines années, la filière aura a contribué à l'objectif de la politique énergétique qui vise à augmenter de 50 % la production de bioénergie d'ici 2030 », dit-elle en ajoutant que l'aide financière annoncée par Québec jusqu'en 2023 sera d'une très grande aide.

La filière devra toutefois répondre à de nombreux défis, dont celui de mettre plus d'emphase sur la qualité de la biomasse, estime Evelyne Thiffault, professeure adjointe et membre du Centre de recherche sur les matériaux renouvelables, Département des sciences du bois et de la forêt, Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, Université Laval. « Il n'y a pas de raison de ne pas contrôler la qualité de la biomasse parce que l'information existe », a-t-elle dit en faisant référence à un rapport écrit avec plusieurs experts internationaux sur le prétraitement de la biomasse. Et avec les faibles coûts de l'énergie au Québec, « on n'a pas vraiment le droit à l'erreur » quand vient le temps de faire une conversion énergétique, ajoute-t-elle.

Eugène Gagné, directeur adjoint et directeur du développement, Fédération québécoise des coopératives forestières et co-porte-parole, Vision Biomasse Québec, a pour sa part mis l'emphase sur le développement d'un réseau d'approvisionnement pour solidifier la filière. « Le réseau québécois en approvisionnement est un projet sur lequel on travaille pour créer un réseau d'acteurs d'approvisionnement en plaquette forestière qui permettra d'assurer la plus large couverture du territoire québécois sur des circuits courts, pour livrer des plaquettes de qualité qui permettent d'alimenter notamment les chaudières automatisées », a-t-il mentionné en citant des exemples d'entreprises françaises qui gèrent près d'un million de tonnes de biomasse par an.

En ce qui a trait aux granules, des efforts supplémentaires doivent aussi être faits pour développer le marché local, estime André Bédard, directeur des ventes chez Granules LG, car la production québécoise excède déjà les besoins de consommation d'environ 150 000 tonnes de granules. La capacité de production devrait d'ailleurs passer de 450?000 tonnes à plus de 1,15 million de tonnes d'ici quelques années avec l'arrivée de nouveaux joueurs comme Granules 777, une filière de Barette-Chapais, qui a officialisé la production de 210 000 tonnes de granules industrielles le 13 novembre.

Comme la production excède la consommation, tous les producteurs doivent se tourner vers l'exportation pour écouler leurs stocks, soutient John Arsenault, directeur du groupe granules de bois, Bureau de promotion des produits du bois du Québec (QWEB). L'Europe est particulièrement friande des granules canadiennes, car en plus d'être de bonne qualité, c'est un produit qui permet aux pays européens de réduire leur empreinte climatique en misant sur une source d'énergie renouvelable, notamment pour remplacer les centrales au charbon, souligne John Arsenault. Le chauffage résidentiel aux granules est aussi en croissance alors que plus de 200?000 unités de chauffage sont vendues par année, alors qu'à peine 10?000 unités sont vendues au Canada par an. Au-delà des marchés européens, le Japon et la Corée du Sud consomment aussi de plus de plus de granules pour remplacer l'utilisation du charbon.

Un outil de lutte aux changements climatiques

Au-delà des considérations techniques et économiques, la biomasse forestière résiduelle est aussi un outil de lutte aux changements climatiques, qui fait partie du panier de solutions qui permettra de réduire de 40 % l'utilisation de produits pétroliers, a mentionné Xavier Brosseau, directeur, approvisionnements et biocombustibles, ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles, lors d'un panel sur l'environnement d'affaires de la filière animée par Christian Simard, le directeur général de Nature Québec.

Normand Mousseau, professeur au département de physique à Polytechnique Montréal, a pour sa part souligné que le Québec et toutes les provinces canadiennes n'atteindront pas leurs objectifs de réduction des gaz à effet de serre. « Il faut sortir le mazout, mais il ne faut pas remplacer un hydrocarbure par une autre source d'hydrocarbure, a-t-il soutenu. Il ne faut pas considérer le gaz naturel comme une énergie d'avenir, car même si on obtient une réduction de 30 % de GES, c'est un mur par la suite, parce qu'on ne peut pas réduire plus. C'est une solution qui nous mène nulle part. »

Plusieurs acteurs comme Eugène Gagné et Christian Simard ont également décrié la décision de Québec, qui a inclus le gaz naturel dans sa politique énergétique pour réduire son empreinte climatique.

Une lueur d'espoir pointe toutefois à l'horizon, car Énergir travaille sur un projet de production de gaz naturel renouvelable (GNR) à partir de biomasse forestière résiduelle. Dans le cadre d'une entente avec l'Université Laval, qui achètera 1 million de mètres cubes de GNR, Énergir investit également dans la recherche et le développement pour développer cette nouvelle filière. Après avoir fait des tests en laboratoire, le distributeur d'énergie tente de mettre son procédé à l'échelle pour augmenter la production. À l'Université Laval, la chercheuse Évelyne Thiffault travaillera pour sa part sur des projets mieux comprendre comment la récolte de la biomasse peut avantager la sylviculture et l'aménagement forestier, tout en peaufinant les techniques pour caractériser la qualité de la biomasse dans le but d'optimiser sa valeur.

Le procédé de conversion génère toutefois des pertes et il est moins efficace d'un point de vue énergétique que la combustion directe, a mentionné Annie Levasseur, professeure, Département de génie de la construction, École de technologie supérieure.

Pour Évelyne Thiffault, il est toutefois préférable de travailler main dans la main pour utiliser davantage de biomasse. « On fait tous partie de la même équipe de super héros pour la lutte aux changements climatiques, dit-elle. Le défi est immense et on ne peut pas se permettre de se chicaner ».


 

 
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