Marco Eikelenboom, chef de la direction de Sappi Europe, défend la consolidation pour soutenir les investissements et la continuité de l’approvisionnement dans un marché européen des papiers graphiques en recul. Le projet de coentreprise avec UPM reste soumis à l’examen de la Commission européenne.
Dans une tribune initialement publiée par Euractiv et reprise par Sappi le 7 septembre, Marco Eikelenboom expose les arguments industriels en faveur du regroupement. Selon lui, un réseau de production conçu pour une demande nettement supérieure doit évoluer pour que les usines européennes demeurent compétitives.
D’après les chiffres qu’il cite, la demande européenne de papiers graphiques est passée de plus de 40 millions de tonnes en 2008 à environ 13 millions de tonnes en 2025. Il évoque une projection d’un peu plus de huit millions de tonnes en 2030, dans un contexte de transition continue vers les communications numériques.
Ce volume représenterait encore un marché substantiel. L’enjeu, selon le dirigeant, est de conserver une base de production européenne économiquement viable pour le desservir.
La sous-utilisation fragilise les investissements
Marco Eikelenboom établit un lien entre le recul de la demande et les difficultés à financer les activités industrielles. Lorsque l’ajustement des capacités tarde à suivre l’évolution du marché, les usines fonctionnent à des taux d’utilisation plus faibles. Leur efficacité diminue, et les dépenses d’entretien comme les investissements deviennent plus difficiles à justifier. À terme, les décisions reportées peuvent exposer des machines, voire des sites entiers, à une fermeture.
Sappi préconise de concentrer la production dans les installations les plus efficaces, d’améliorer leur taux d’utilisation et de dégager davantage de ressources pour investir. Le dirigeant souligne également les dépenses liées à l’efficacité énergétique, à la traçabilité des fibres et à la conformité environnementale auxquelles les fabricants européens doivent faire face.
La coentreprise projetée, qui serait détenue à parts égales par Sappi et UPM, réunirait UPM Communication Papers et les activités européennes de papiers graphiques de Sappi au sein d’une entreprise indépendante. Les partenaires soutiennent que ce réseau commun améliorerait l’efficacité opérationnelle et renforcerait leur capacité d’investissement.
Les bénéfices industriels à l’épreuve de la concurrence
La Commission européenne examine les effets de l’opération sur la concurrence, notamment pour déterminer si les bénéfices avancés par les partenaires compenseraient les préjudices potentiels pour les clients.
Le 26 août, elle a adressé une communication des griefs aux deux entreprises, exprimant ses préoccupations préliminaires quant à de possibles hausses de prix et à une baisse de la qualité dans les papiers couchés mécaniques et les papiers couchés sans bois.
La Commission a indiqué ne pas être convaincue, à ce stade, que les gains d’efficacité et les autres bénéfices invoqués suffiraient à compenser les effets négatifs potentiels de l’opération sur la concurrence. La communication des griefs ne préjuge pas de sa décision finale.
UPM a déclaré examiner ces objections avec Sappi et préparer sa réponse, tout en réaffirmant que la coentreprise renforcerait la continuité de l’approvisionnement et la résilience du secteur.
Marco Eikelenboom estime pour sa part que l’évaluation doit tenir compte des capacités de production viables qui resteront disponibles à terme. Il prévient également qu’une perte de compétitivité européenne pourrait accroître la dépendance des clients aux importations, notamment auprès de producteurs asiatiques dont les coûts sont plus faibles.
Le débat porte donc à la fois sur la capacité des producteurs à investir et sur les conséquences de la consolidation pour les imprimeurs, les éditeurs et les autres acheteurs, qui dépendent de prix concurrentiels, d’une qualité constante et d’un choix suffisant de fournisseurs.
Les partenaires préparent la future direction
Parallèlement, les deux groupes préparent la direction de la coentreprise envisagée. Le 8 septembre, UPM et Sappi ont annoncé avoir retenu leurs candidats aux postes de direction : Gunnar Eberhardt comme chef de la direction et Stephen Blyth comme chef des finances. Ces nominations demeurent conditionnelles à l’obtention des autorisations réglementaires et à la réalisation de la transaction.
UPM est un groupe finlandais spécialisé dans les fibres renouvelables, les matériaux avancés, les solutions de décarbonation et les papiers de communication. L’entreprise emploie environ 15 100 personnes dans le monde et a enregistré un chiffre d’affaires d’environ 9,7 milliards d’euros en 2025.
Sappi est un producteur mondial de matériaux à base de fibres de bois. L’entreprise fabrique notamment des papiers graphiques, des papiers d’emballage et de spécialité, de la pâte dissolvante ainsi que des biomatériaux. Elle exploite des installations de production en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique australe.

