Deux annexes américaines soumettent certains produits papetiers canadiens à un droit additionnel de 50 %, sans viser l’ensemble de la production québécoise.
Depuis le 22 août à 0 h 01, les États-Unis imposent des droits additionnels de 50 % à des listes précises de produits canadiens. La mesure découle de trois proclamations, mais les produits papetiers se trouvent dans deux de leurs annexes. Elle ne vise donc ni toutes les papetières québécoises ni l’ensemble de leur production.
Ce sont les codes HTSUS inscrits dans les annexes qui déterminent les marchandises assujetties, même lorsqu’elles sont conformes à l’ACEUM. Proclamation présidentielle du 18 août
En 2024, les États-Unis ont absorbé 80,1 % de la valeur des exportations québécoises de pâtes, de papiers et de cartons. Ce chiffre mesure la dépendance du secteur envers le marché américain; il ne représente pas la proportion des exportations maintenant tarifées. Étude de Groupe DDM réalisée pour Formabois
Des produits ciblés
Les annexes comprennent notamment la pâte disolvante, certains papiers d’écriture et de couverture en rouleaux, du papier de base à usages sanitaires, certains papiers graphiques couchés, du papier et du carton multicouches couchés, du kraftliner non couché, du papier ingraissable ainsi que plusieurs catégories d’emballages en papier ou en carton.
Les descriptions servent toutefois d’indication. La portée juridique repose sur les codes HTSUS et sur les caractéristiques exactes du produit : composition fibreuse, grammage, couchage, dimensions et forme d’expédition. Annexe I-2 et annexe I-3
Le papier journal, la pâte kraft blanchie de résineux — notamment la NBSK — et la pâte chimico-thermomécanique blanchie, ou BCTMP, ne figurent pas explicitement dans les trois annexes. Ces produits semblent donc moins directement exposés à cette mesure, sous réserve de leur classement douanier et de l’application éventuelle d’autres droits.
Un risque concentré sur les commandes
Pour les produits visés, un droit de 50 % peut rendre une offre québécoise non concurrentielle. L’importateur américain peut absorber la hausse, demander une réduction de prix ou déplacer ses commandes vers un autre fournisseur.
Une baisse des commandes réduirait le taux d’utilisation des machines concernées, augmenterait le coût de production par tonne et pourrait entraîner des campagnes plus courtes ou des arrêts temporaires. Les usines les plus vulnérables sont celles qui combinent une forte proportion de produits tarifés et une dépendance élevée envers des clients américains.
Il est encore trop tôt pour mesurer l’effet réel sur la production québécoise. Les principaux indicateurs seront l’évolution des commandes, des stocks, des horaires de production et des arrêts annoncés par les entreprises.
Une riposte canadienne variable
À compter du 8 septembre à 0 h 01, le Canada appliquera des contre-tarifs de 15 %, 25 % ou 50 % selon les produits américains. Plusieurs pâtes, papiers, cartons et emballages sont visés.
Cette riposte pourrait améliorer la position des producteurs canadiens lorsque des produits substituables sont disponibles sur le marché intérieur. Elle pourrait aussi augmenter les coûts des transformateurs qui dépendent de qualités spécialisées importées des États-Unis. Ministère des Finances du Canada
L’impact sera donc très inégal. Il devra être évalué usine par usine, machine par machine et produit par produit. Une prolongation du différend commercial accroîtrait le risque que certains volumes québécois soient durablement remplacés sur le marché américain.

