Nippon : réservoir jugé non sécuritaire avant sa rupture

Deux vues du réservoir G après sa défaillance à l’usine Nippon Dynawave Packaging de Longview

Le réservoir G après sa défaillance catastrophique à l’usine Nippon Dynawave Packaging de Longview, le 26 mai 2026. Image : CSB

De l’industrie

Près de dix mois avant sa défaillance catastrophique, un rapport d’inspection avait conclu que le réservoir G de l’usine Nippon Dynawave Packaging de Longview ne pouvait demeurer en service sans réparations. L’inspection avait révélé une importante perte d’épaisseur de sa paroi.

La défaillance, survenue le 26 mai 2026, a entraîné le déversement d’environ 900 000 gallons — soit 3,4 millions de litres — de liqueur blanche extrêmement chaude et fortement caustique. Onze employés ont perdu la vie et trois autres ont été grièvement blessés.

Le Maître papetier avait d’abord rapporté l’accident alors qu’un premier décès était confirmé et que plusieurs travailleurs demeuraient introuvables. Le bilan avait ensuite été porté à 11 morts après que les équipes de récupération eurent retrouvé les neuf employés toujours portés disparus.

Dans sa mise à jour de l’enquête, le Chemical Safety and Hazard Investigation Board (CSB), organisme fédéral américain, précise que l’inspection externe avait été menée en juillet 2025. Elle avait établi que d’importantes parties de la paroi en acier au carbone du réservoir se situaient sous l’épaisseur minimale requise pour une exploitation sécuritaire.

L’entrepreneur chargé de l’inspection avait recommandé un examen interne ainsi que la réparation des zones touchées. Son rapport faisait également état d’une probabilité élevée de défaillance ainsi que de conséquences potentiellement graves.

Nippon Dynawave a fait réaliser deux autres inspections externes, en octobre 2025 et en février 2026. Celles-ci ont de nouveau établi que des parties importantes de la paroi demeuraient sous l’épaisseur minimale requise pour une exploitation sécuritaire.

Selon les constats préliminaires du CSB, le réservoir est néanmoins demeuré en service sans inspection interne ni réparation, sans réduction de ses paramètres d’exploitation et sans retrait du service.

L’épaisseur minimale requise correspond à l’épaisseur de paroi nécessaire pour qu’un réservoir atmosphérique puisse contenir le liquide stocké en toute sécurité dans ses conditions normales d’exploitation. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer pourquoi le réservoir G est demeuré en service malgré les résultats des inspections.

Le matin de l’accident, un incident de procédé a interrompu le transfert de liqueur blanche du réservoir G vers le digesteur de l’usine, où elle aurait été utilisée pour transformer les copeaux de bois en pâte. La liqueur blanche a toutefois continué d’alimenter le réservoir à partir du procédé de recaustification, faisant monter son niveau à environ 90 % à 6 h 22.

Vers 7 h 09, le réservoir G a subi une défaillance catastrophique, libérant de la liqueur blanche à une température d’environ 93 °C dans une cour et des bâtiments voisins où des employés participaient à des réunions matinales. Cinq autres employés et un pompier ont également été blessés, mais leur état n’a pas nécessité d’hospitalisation.

Nippon Dynawave a pour sa part affirmé que la mise à jour ne présentait pas l’ensemble des faits et du contexte. L’entreprise s’est dite « profondément déçue » que le document omette, selon elle, des éléments importants concernant ses actions et la chronologie précédant l’accident.

Nippon Dynawave a également souligné que cette mise à jour ne constituait qu’une première étape et non une détermination définitive des faits ou de la cause. Sa déclaration ne précisait toutefois pas quels faits ou quelles mesures auraient été omis.

L’enquête du CSB se poursuit. L’agence examine notamment l’intégrité mécanique des installations, les pratiques d’inspection et d’entretien, les décisions concernant le réservoir G et d’autres réservoirs atmosphériques, les conditions d’exploitation avant la défaillance, les procédures d’intervention d’urgence ainsi que les exigences réglementaires et les directives de l’industrie.

À la suite de la catastrophe, l’État de Washington a étendu ses inspections aux deux autres usines kraft en activité et lancé un programme distinct visant sept usines de pâtes et papiers n’utilisant pas le procédé kraft, notamment pour examiner l’utilisation et le stockage des produits chimiques dangereux.

Le CSB est un organisme fédéral indépendant sans pouvoir réglementaire. Il ne remet pas de constats d’infraction et n’impose pas d’amendes, mais formule des recommandations de sécurité destinées aux entreprises, aux organisations industrielles, aux syndicats et aux organismes de réglementation.