La Colombie-Britannique mettra à l’essai un modèle fondé sur une planification globale des territoires forestiers, afin d’accroître la prévisibilité de la production de bois tout en favorisant la conservation, la résilience aux incendies et la restauration des écosystèmes.
Le modèle proposé, appelé Working Forest Landscape Model, répartirait les secteurs sélectionnés entre trois catégories interreliées : les zones de forêt de travail, les zones à usages multiples ainsi que les zones de conservation et de protection.
La province travaille avec les Premières Nations afin de déterminer les territoires candidats. Des consultations ciblées auprès de l’industrie, des administrations locales et d’autres parties intéressées alimenteront également la phase initiale. Les territoires retenus devraient être annoncés à l’automne 2026.
Le modèle demeure exploratoire et n’a pas été adopté à l’échelle de la Colombie-Britannique. La province prévoit de commencer à explorer l’approche dans certains territoires candidats avant de lancer une consultation publique élargie, après avoir évalué les premiers enseignements.
Les zones de forêt de travail accorderaient la priorité à la production durable de bois et offriraient un cadre opérationnel plus prévisible aux entreprises forestières, aux travailleurs et aux collectivités. Le modèle vise à réduire le recours à une planification et à des autorisations au cas par cas, au profit d’un cadre plus prévisible et à plus long terme comportant moins de processus d’autorisation.
Les zones à usages multiples pourraient accueillir des activités comme la réduction des risques d’incendie, la restauration des écosystèmes, la protection des bassins versants, l’amélioration des habitats et l’adaptation aux changements climatiques. Des activités forestières soigneusement encadrées pourraient s’y poursuivre.
Les zones de conservation et de protection seraient principalement consacrées à la biodiversité et à l’intégrité écologique. Selon la province, elles contribueraient à son engagement de protéger 30 % du territoire de la Colombie-Britannique d’ici 2030 et compléteraient la mise en œuvre du plan d’action pour les forêts anciennes.
Le gouvernement étudie également l’éventuelle adoption d’un principe d’absence de perte nette pour les zones de forêt de travail et celles de conservation. Selon ce concept, les superficies attribuées à chacune de ces catégories demeureraient stables au fil du temps. La province précise que ce principe et d’autres éléments du modèle doivent encore être approfondis.
L’approche compléterait les plans d’aménagement forestier à l’échelle du paysage, les plans d’utilisation des terres et les initiatives menées par les Premières Nations, sans les remplacer. Les décisions détaillées continueraient d’être élaborées dans le cadre de ces processus de planification.
Objectif de récolte et contexte industriel
La Colombie-Britannique estime que le modèle pourrait contribuer à stabiliser une assise forestière économique soutenant une récolte annuelle de 45 millions de mètres cubes de bois. Il vise également à améliorer la prévisibilité des investissements alors que le secteur forestier provincial est confronté à des fermetures d’usines, à des contraintes d’approvisionnement en fibre, à la faiblesse persistante des prix mondiaux de la pâte ainsi qu’aux droits et tarifs américains.
Parmi les récents revers figurent la fermeture définitive prévue de l’usine de pâte Northwood de Canfor, à Prince George, et la décision de Domtar de mettre en arrêt pour une durée indéterminée l’usine de pâte Howe Sound et l’installation de mise en copeaux Bayview Fibre, à Port Mellon.
Appui syndical et préoccupations environnementales
Les Métallos, qui représentent près de 10 000 travailleurs forestiers en Colombie-Britannique, ont qualifié le modèle proposé de pas dans la bonne direction, tout en exhortant le gouvernement à agir rapidement.
Selon le syndicat, la définition claire d’une forêt de travail pourrait accroître la prévisibilité de l’approvisionnement en fibre, de la fabrication locale et de l’emploi. Il réclame également une loi créant un commissaire à la protection des emplois forestiers afin d’aider à prévenir les fermetures évitables et à préserver les emplois viables.
Le Sierra Club BC a exprimé des inquiétudes quant à la manière dont les zones seront définies. L’organisme estime que l’arrimage du modèle à une cible de récolte, en l’absence de mesures de conservation clairement établies, pourrait accentuer la pression sur les dernières forêts anciennes.
Le groupe environnemental demande une vaste consultation des Premières Nations et du public. La province affirme que l’élaboration des zones fera intervenir les Premières Nations, les collectivités, l’industrie, les administrations locales, des écologistes et des forestiers.

