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Boite d’œufs : inventivité à la canadienne

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Qui a inventé la boite d'œufs? Si votre enfant vous pose la question, répondez qu'il s'agit d'un ancien directeur de journal. L'homme avait-il entrevu la crise de l'imprimé? Rien de moins certain vers 1910! Non, l'innovation nait de la nécessité et de quelques œufs cassés.

En matière d'innovation, mieux vaut ne pas tout mettre ses œufs dans le même panier. En pratique non plus d'ailleurs ! Avant l'éclair de génie de Joseph Leopold Coyle en 1911, plusieurs œufs revenaient brisés d'une visite au magasin général. On plaçait les œufs dans un même panier. La boite à œufs en carton avec alvéoles rigides semble tellement faire partie de notre quotidien – et ceci à travers le monde – que l'on ne prend plus le temps de se demander ce que l'on faisait avant qu'elle existe. Et il est étonnant de savoir que la boite d'œufs de 2017 est très peu différente de la toute première.

La beauté de ces alvéoles rigides c'est qu'elles protègent les œufs contre les aléas de l'entreposage et du transport. On lui doit beaucoup y compris quelques œufs à la coque! Et pourtant, même si l'on ne fait plus d'omelettes en occident sans l'aide d'un inventeur canadien, celui-ci n'a jamais fait fortune avec son invention. Heureusement, nous avons aujourd'hui des mécanismes légaux favorisant l'innovation, mais sans l'aide des gouvernements et sans entretenir une culture de l'inventivité, il y a peu de chances que l'on puisse propulser le pays dans l'économie du XXIe siècle.

« Inventeur de la boite en papier »

Le Financial Post publiait récemment un article sur l'Eureka canadien de la boite à œufs et pose une réflexion sur le cadre législatif favorable au succès de nos entreprises. Selon l'article, le Canada devrait améliorer les régimes de propriété intellectuelle et de stimulation à l'innovation. Le budget fédéral du 22 mars dernier mentionne pourtant le mot innovation 262 fois et prévoit un investissement pouvant aller jusqu'à 950 millions $ sur cinq ans pour appuyer ce qui est convenu d'appeler les « supergrappes » coordonnées par le secteur privé et qui peuvent étendre la compétitivité internationale du pays en plaçant les industries innovatrices à l'avant-scène. L'annonce faciliterait aussi la collaboration entre l'industrie forestière, le gouvernement, les instituts de recherche et le milieu académique. On peut ici penser à l'utilisation du bois comme matériel de substitution dans les projets d'infrastructure.


Capture d'écran, Innovation 150

L'œuf ou la poule?

Coyle n'avait aucune éducation universitaire. Ce Britanno-Colombien a monté les échelons dans l'industrie de la publication à la sueur de son front. D'abord nettoyeur sur les planchers d'imprimeries puis livreur de journaux, il fonde et devient l'éditeur de « The Interior News ». C'était en 1910 et le journal existe encore aujourd'hui.

À l'époque, la légende raconte que ce pionnier est témoin d'une bagarre entre un hôtelier et un livreur dans la ville de Smithers en Colombie-Britannique. Les œufs frais commandés par l'hôtel arrivaient souvent cassés ou fêlés. Cette dispute date de 1911 et inspira la boite de carton. Dans une première demande de brevet six ans plus tard, Coyle décrit ainsi son invention : « une manière simple, peu dispendieuse et sécuritaire de transporter une douzaine d'œufs à même une boite dans laquelle les œufs ne se touchent pas ».

L'influence de l'industrie des pâtes et papiers de l'époque est indéniable dans l'histoire de la boite d'œufs. D'abord il fallait que Coyle ait accès à la matière et ceci fut probablement assez simple puisqu'il produisait un journal. Le fermier de la dispute utilisait d'ailleurs des pages du The Interior News pour emballer ses œufs. Malgré cette précaution, les œufs se brisaient quand même. Coyle est parti de cette prémisse pour trouver une solution. Initialement, le « Coyle Egg-Safety Carton » était fait de papier raidi avec de petites fossettes pour chaque œuf.

Bien que l'inventeur entrevît faire fortune, un obstacle se posa devant lui : le coût de production. Initialement, les cartons étaient fabriqués à la main et bien que les ventes aient été excellentes, Coyle n'a pas d'autre choix que de s'atteler à inventer, à financer et à fabriquer lui-même une machine pour produire ses boites à œufs. Vers la fin 1920, la machine est en activité. Pour financer l'invention, il vend notamment ses intérêts dans « The Interior News ».

Avec l'aide de distributeurs, il démarre ses propres usines au Canada et aux États-Unis et fabrique le carton. Les affaires roulent bien jusqu'aux années 1950. C'est alors que la concurrence apparaît. Le plastique entre sur le marché grâce au lobby pétrochimique et rivalise avec la pâte à papier moulée. Convertir les usines à de nouvelles méthodes et à de nouvelles machineries aurait coûté trop cher pour l'entreprise et il est probable que Coyle ait été un créateur d'entreprise plus qu'un gestionnaire.

Les cartons de Coyle fut la poule aux œufs d'or pour de nombreux millionnaires raconte le Financial Post, mais ce ne fut pas le cas de l'inventeur. À sa mort il y a 45 ans, le certificat de décès indiquait « inventeur de la boite en papier ». Coyle avait 100 ans.

Prochaine dispute!

Si une dispute à propos d'œufs cassés est à l'origine de la boite d'œufs canadienne, c'est d'abord face à la nécessité que nait le besoin d'innover. Et cette nécessité, elle, est souvent révélée par les crises qui secouent la société. Or, quelle sera la prochaine crise qui pourrait entrainer la naissance de la boite d'œufs de demain?

Au cours des dernières années, les innovations dans le secteur furent nombreuses. Elles vont des papiers bioactifs qui feraient des emballages alimentaires idéaux aux textiles à base de nanocellulose en passant par des innovations qui ne sont pas de l'ordre des inventions, mais qui peuvent favoriser leurs éclosions. La réforme du code du bâtiment pour permettre l'édification de bâtiments en bois de plusieurs étages est l'une d'elles. Ici, c'est d'innovation sociopolitique dont il s'agit et c'est justement en favorisant une gestion de l'innovation qui ne mise pas seulement sur une seule technologie, mais sur un ensemble de solutions technologiques que les meilleures idées seront pondues.

Sortir de l'œuf

Sur les radars des gestionnaires d'innovation, il y a probablement toute la gamme des solutions technologiques pour répondre aux défis de la durabilité environnementale. Aussi dans leur casserole : nos besoins parallèles en matériaux performants, en énergie ou en produits chimiques. Ceux-ci augmentent sans cesse et c'est dans ce contexte que couve l'industrie des produits forestiers. Bien entendu, les entreprises doivent parfois marcher sur des œufs vu les nouvelles normes industrielles et les contraintes de marché très changeantes. Rien de nouveau, il fallait savoir s'adapter en 1911 comme en 2017 et se rappeler que l'on ne fait pas d'omelette sans casser des œufs.

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