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Vendredi 15 décembre 2017

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Biomasse forestière : énergie de l’avenir ?

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Dans la réinvention de l'industrie des pâtes et papiers, peu de secteurs sont aussi prometteurs que celui de la production d'énergie issue de la biomasse forestière. Une véritable encyclique sur le sujet est sortie le printemps dernier. Une belle lecture d'été. Maintenant, en pleine rentrée, l'heure est à l'action !

Évelyne Thiffault, professeure adjointe à l'Université Laval présente son livre pour le Maître Papetier. Spécialiste en biomasse et en gestion des sols forestiers, elle a dirigé la rédaction de Mobilisation of Forest Bioenergy in the Boreal and Temperate Biomes; Challenges, Opportunities and Case Studies, une collaboration entre cinq auteurs, dont deux autres Canadiens : Jack Saddler, de l'Université de Colombie-Britannique et C.T. (Tat) Smith, professeur de l'Université de Toronto. Ils ont été secondés par des experts internationaux provenant d'une dizaine d'autres pays. Ce livre de 240 pages a été publié par l'Agence internationale de l'Énergie (AIE) qui s'entend avec la plupart des organisations internationales en ce qui concerne l'importance que la biomasse forestière aura dans le développement souhaité des bioénergies. Ceci implique une responsabilité de la part de pays riches en ressources forestières comme le Canada où les usines de pâtes et papiers deviendront peut-être, d'ici peu, de véritables centrales de production d'énergie renouvelable.

« Nos usines sont déjà des mini-bioraffineries, mais beaucoup de nos résidus de bois ne sont toujours pas valorisés. »

25 % de l'énergie pour le transport en 2050

« Saviez-vous que d'ici 2050, 25 % des besoins énergétiques en transport pourraient être comblés par les biocarburants ? » lance Evelyne Thiffault. Voilà qui en dit long sur le potentiel de la biomasse forestière dans une équation planétaire. Or, les entreprises d'ici commencent à peine à s'intéresser à ce secteur. Pourtant, et cela se discute en coulisse depuis une bonne quinzaine d'années, l'industrie forestière pourrait devenir l'énergéticienne du futur. Les paris sont ouverts ! Le Rockfeller du prochain siècle aura compris quelque chose à la forêt boréale (ou tempérée).

Dans Mobilization of Forest Bioenergy, on explique qu'il faut s'attendre à ce que ce type de biocarburant soit vendu d'un continent à l'autre dès que la production à partir de ressources forestières deviendra commercialement viable et ceci, « un peu de la même manière qu'est échangé le biodiésel ou l'éthanol aujourd'hui ». Oui, les paris sont ouverts. Il reste en effet à voir à quel point le contexte mondial actuel est favorable au développement de cette filière énergétique.

« Notre livre offre une synthèse de la littérature scientifique et technique sur la biomasse forestière, explique l'ingénieure, nous y discutons du potentiel de ce secteur sur une échelle globale, mais nous nous attardons particulièrement au cas de pays comme le Canada ou la Suède par exemple. » En fait, Mobilization of Forest Bioenergy offre des recommandations applicables sur le terrain, dans de tels pays riches en forêts tempérées et boréales. Ces leçons pourront intéresser les gouvernements, les chercheurs tout autant que les représentants de l'industrie.

Les auteurs insistent notamment sur « l'efficacité et la rentabilité de la chaine d'approvisionnement ». Ils passent au crible les questions relatives à l'empreinte écologique (opérations forestières et industrielles), à la logistique et aux enjeux socio-économiques. Enfin et surtout, ils identifient les opportunités et défis d'une véritable mobilisation de la société pour la biomasse forestière. La complexité des questions entourant l'utilisation à grande échelle de la biomasse forestière se manifeste par une foule de détails que nous décrit succinctement Evelyne Thiffault. La simple recherche d'un langage commun entre forestiers et énergéticiens illustre bien l'état de la situation. « L'industrie considère encore le secteur de l'énergie comme évoluant en parallèle. » Les deux secteurs devront travailler conjointement sur l'interopérabilité des méthodes de mesure, sur la terminologie ou encore sur les méthodes de conversion. Par ailleurs, alors que l'ouvrage s'attarde aux questions relatives au commerce international, il s'intéresse aussi aux mécanismes de marché et conclut ainsi que ceux-ci ne peuvent s'enclencher sans garanties suffisantes d'approvisionnement de la matière.

« Les usines de pâtes et papiers deviendront peut-être, d’ici peu, de véritables centrales de production d'énergie renouvelable. »

Nouveau panier de produits

Parmi ces enjeux qui présentent à la fois un défi et une opportunité pour les pays concernés, il faut souligner que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat sous l'égide de l'ONU reconnaît sous certaines conditions l'importance de l'industrie forestière dans la lutte contre les changements climatiques. La principale condition posée est « l'aménagement forestier durable visant à maintenir ou accroitre les stocks de carbone tout en produisant d'une manière soutenue du bois, de la fibre ou de l'énergie». À ce sujet, Evelyne Thiffault précise que « le nouveau panier de produits énergétiques des entreprises forestières devra en tenir compte (et qu'ici), les systèmes de certifications environnementaux auront un important rôle à jouer en s'adaptant aux réalités de la récolte de biomasse ». Heureusement, les systèmes de certification comme ISO, FSC ou SFI s'adaptent normalement assez bien à ces nouvelles réalités et la plupart des groupes environnementaux soutiennent cette transition énergétique malgré des complexités qui sont soulignées par certains de ces groupes moins enclins aux accommodements et qui font peur à plusieurs politiciens.


Crédit photo : Mathieu Régnier

Développement durable oblige

Alors que l'on parle ces jours-ci d'implantation de bioraffineries forestières à La Tuque dans une perspective de symbiose industrielle et ceci dans l'arrière-cour de ce qui était, il y a peu d'années, la capitale mondiale du papier journal, nous sommes à même de constater le pouvoir de transformation de l'industrie canadienne. Ces projets, il y en a partout au Canada indique Evelyne Thiffault et ils s'inscrivent dans le contexte global de la lutte aux changements climatiques à laquelle le gouvernement libéral actuel souhaite participer. Les pions sont donc alignés. Selon l'Agence internationale de l'énergie renouvelable, il est possible de doubler la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique mondial. Pour y voir, la biomasse jouerait un rôle crucial. Elle pourrait représenter 60 % de la consommation totale d'énergie sur la planète et, sur l'ensemble de la biomasse disponible, 30 % proviendraient spécifiquement de la biomasse forestière.

La nouvelle publication de l'AIE, rappelle avec justesse que le secteur forestier des pays de la région boréale et des biomes tempérés est généralement mature, et qu'il sera ainsi appelé à jouer un rôle important dans l'utilisation de la biomasse forestière pour répondre aux besoins énergétiques mondiaux. Au Canada, l'industrie des pâtes et papiers peut s'asseoir sur plusieurs avantages. L'un des plus évidents est l'existence d'une infrastructure et d'un système logistique qui facilite le traitement et le déplacement d'importantes quantités de biomasses. Simplement au niveau local, la liste des opportunités est importante souligne Evelyne Thiffault: cogénération, optimisation des turbines, bioproduits, biocarburants, boues, biohuile, etc.

Dans cette perspective, et si l'on choisit de répondre aux défis internationaux, autant en matière d'utilisation d'énergie que de lutte aux changements climatiques, on est quand même amené à se demander si la situation présente une bonne ou une mauvaise nouvelle au plan environnemental. Si les certifications environnementales semblent ouvertes à l'encadrement des pratiques industrielles entourant ce secteur en expansion, on parle d'une catastrophe à venir chez quelques observateurs. Selon ceux-ci, augmenter l'utilisation de la biomasse obligera à une plus importante appropriation de la productivité primaire nette des forêts et à une intensification de la récolte dans les forêts de production actuelle et dans les forêts qui ne sont pas encore exploitées commercialement. La seule manière d'éviter des dégradations environnementales serait de mettre en place un système de gouvernance strict et informé par la science.


Crédit photo : Mathieu Régnier

Inspirations d'outre-Atlantique

L'ouvrage piloté par madame Thiffault ne présente pas seulement les potentiels d'utilisation de la biomasse forestière en Amérique du Nord, en Europe ou en Océanie, il fournit des comparatifs entre les situations nationales et se penche sur les aspects opérationnels liés à l'ensemble des chaines de valeurs de la biomasse. On y parle ainsi des méthodes de séchage à partir, notamment, de l'expérience scandinave. « Ces recettes intéressent déjà de nombreux praticiens. Evelyne Thiffault reçoit beaucoup d'appels de coopératives forestières ces jours-ci. Son téléphone sonne aussi suite à l'intérêt d'organismes de gestion régionale des municipalités tels que les MRC du Québec et ceci à travers le pays. Il faut dire que déjà aujourd'hui, environ 4,4 % de l'énergie primaire consommée au Canada provient de la biomasse et c'est la biomasse forestière qui est la matière organique le plus souvent valorisée parmi d'autres sources comme les déchets ou l'agriculture.

L'énorme potentiel du Canada

« Si les comparaisons entre les expériences nationales permettent de tirer des leçons, il faut se souvenir que les chaînes d'approvisionnement en bioénergie forestière évoluent différemment dans chaque région du monde ; tantôt ce sera le contexte climatique et géographique qui influera sur la prise de décision, tantôt ce sera le contexte socio-économique ou l'environnement politique. » Malgré ce constat des auteurs, un constat illustré d'exemples concrets dans Mobilization of Forest Bioenergy, les opportunités commerciales sont grandes, peu importe la région. La leçon que l'on doit en tirer c'est qu'il serait dommage de manquer le train !

Au Canada, des opportunités logistiques et économiques existent par exemple dans les régions où l'industrie forestière et minière sont voisines. En région éloignée, les minières font parfois face à des pénuries de carburant fossile et ceci perturbe la bonne marche des affaires pour des entreprises aux marges bénéficiaires serrées. L'intérêt croissant de l'industrie minière en matière de développement durable l'incite par ailleurs à tisser des liens avec la communauté et à intégrer d'autres acteurs économiques locaux dans leurs opérations. Or, minières et forestières se trouvent souvent dans les mêmes régions, une interface semble ainsi quasiment inévitable.

« Nos usines sont déjà des mini-bioraffineries, mais beaucoup de nos résidus de bois ne sont toujours pas valorisés. » Ce constat explique en grande partie le potentiel canadien. Vient ensuite la superficie forestière du pays. Chaque mètre cube de bois rond récolté génère des résidus utilisables et ceux-ci sont sous-utilisés (39 % par rapport à 59 et à 83 % en Suède et en Allemagne). Ainsi, le Canada peut encore grandement augmenter sa récolte de biomasse forestière à même les territoires de coupe et à même les usines et scieries où l'on retrouve beaucoup de résidus.


 
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