Accueil Blogues Martin Fairbank L’essor et le déclin du contenu recyclé dans le papier journal

L’essor et le déclin du contenu recyclé dans le papier journal

Envoyer Imprimer PDF

En mars 2017, l'usine de papier journal à Thorold (Ontario) a été fermée pour une période indéterminée. La Ontario Paper Company a ouvert cette usine en 1913 et celle-ci a été une pionnière dans l'utilisation de matières recyclées. D'ailleurs, durant la Seconde Guerre mondiale, elle a brièvement eu recours à ces matières pour augmenter son approvisionnement en pâte. Le site a connu le premier procédé de désencrage en Amérique du Nord en 1981 et a augmenté son contenu à 100% de matières recyclées en 2002.

À cette époque, il y avait sept autres usines de papier journal avec 100% de contenu recyclé en Amérique du Nord. Elles étaient situées à Coosa Pines (AL), Dublin (GA), Newberg (OR), Pomona (CA), Sheldon (TX), Snowflake (AZ) et Whitby (ON). Aujourd'hui, il n'y en a plus. Quels sont les facteurs qui ont mené à cet essor et ce déclin ?

Au milieu du XIXe siècle, tout le papier journal utilisé en Amérique du Nord était recyclé à 100% ... de chiffons de coton ! Cependant, vers les années 1870, l'industrie s'est convertie au matériau à base de bois, parce que le bois était beaucoup plus disponible et donc plus apte à répondre à la demande croissante pour le papier journal. À ce temps-là, la recette typique était 40% de pâte sulfite et 60% de pâte mécanique à meule.

Cent ans plus tard, la pâte thermomécanique était devenue la matière principale pour le papier journal. Elle était assez forte pour être la seule pâte nécessaire, menant ainsi à une vaste amélioration de la productivité.

Puis, dans les années 1980, le mouvement environnemental a commencé à influencer les mentalités. Craignant que les sites d'enfouissement deviennent pleins à travers les États-Unis, des municipalités ont commencé à établir des programmes de collecte avant de savoir où tout ce matériel pourrait aboutir. En 1989 et 1990, elles ont dû payer des transformateurs jusqu'à 40 $ la tonne pour enlever ces vieux papiers journaux. Elles ont fait pression sur les gouvernements des états pour mettre en œuvre des lois et bientôt huit états étaient dotés de lois qui imposaient des exigences minimales de contenu recyclé dans les journaux.

Puis, les fabricants de papier journal se sont précipités pour construire des unités de désencrage. Pour certaines usines qui avaient toujours une matière première multi-pâtes et qui étaient situées non loin des grands centres urbains où le papier récupéré était facilement disponible, il était logique du point de vue économique de passer à une seule pâte, en utilisant un mélange de vieux papiers journaux et de vieilles revues pour obtenir la bonne force de pâte.

Les municipalités ont ensuite découvert que c'était moins cher pour elles d'effectuer une « collecte en vrac », où les matières recyclables sont déversées toutes ensemble dans un camion au bord de la rue. Malheureusement, cette pratique a transféré les coûts en capital et d'exploitation aux usines de papier. Il est devenu nécessaire de remplacer les triturateurs en batch (qui devenaient bloqués et endommagés par les contaminants de plastique, de verre et de métal) par des triturateurs à tambour, entraînant un plus bas rendement et donc un coût plus élevé par tonne.

En raison des fluctuations de l'offre et de la demande, le coût du papier récupéré basculait entre 40 $ et 140 $ la tonne, une vaste variation quand le prix de vente du papier journal était d'environ 500 $. À la fin des années 1990, la production de papier journal en Asie a commencé à accélérer rapidement, presque toujours avec une matière première recyclée à 100%. Les usines asiatiques près des ports maritimes ont commencé à importer le papier récupéré de partout où elles pouvaient l'obtenir, et elles payaient très peu pour son transport, dû au fait que les conteneurs utilisés pour exporter de la marchandise comme des téléviseurs et des ordinateurs outre-mer devaient quand même être retournés. Cet « effet Chine » a été une des forces motrices qui a forcé la fermeture de plusieurs usines de papier journal recyclé à 100% en Amérique du Nord, parce que celles-ci n'avaient plus les moyens d'acheter le papier récupéré dans leur propre milieu.

En outre, on a assisté au déclin de la demande de papier journal en Amérique du Nord qui a chuté d'un sommet de 14 millions de tonnes en 1988 jusqu'à 4 millions en 2015 – à peu près la même demande qu'en 1945. L'usine de Thorold était capable d'être concurrentielle avec le papier journal vierge tant que le prix du papier récupéré restait assez bas, mais elle a dû prendre des temps d'arrêt de production plusieurs fois depuis 2008 quand ce prix devenait plus élevé.

Les usines de papier journal qui survivront le plus longtemps sont celles qui possèdent la matière première la plus durable et la distance la plus courte à leur marché. En Amérique du Nord, elles seront situées près des forêts et utiliseront les copeaux de bois des scieries; en Asie, elles seront près de l'océan et utiliseront le papier récupéré de pays dotés de foresterie durable.


Martin Fairbank a travaillé dans le domaine de la foresterie pendant 31 ans, y compris de nombreuses années pour un producteur de pâtes et papier et deux ans avec Ressources Naturelles Canada. Détenteur d'un PhD en chimie et d'une expérience en amélioration de procédés, développement de produits, gestion d'énergie et de production rentable, Martin est actuellement un conseiller indépendant basé à Montréal. Il est également écrivain et a publié récemment Resolute Roots qui relate les 200 ans d'histoire de la compagnie Produits forestiers Résolu et de ses prédécesseurs.

Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.


Martin Fairbank Consulting

Expérience Industrielle

  • Pâtes et Papiers
  • Recyclage des Matériaux
  • Bioraffinerie
  • Fabrication
  • Gouvernement

Services

  • Marchés du Carbone
    . Crédits carbone
    . Empreinte carbone
    . Analyse de cycle de vie
  • Évaluation des Projets
    . Rédaction des propositions pour financement gouvernemental
    . Évaluation des projets techniques pour les agences gouvernementales
  • Règlementations des Produits Chimiques
    . Conseil en matière d'observation des règlements
    . Interprétation des questionnaires chimiques
  • Amélioration Continue
    . Amélioration des procédés
    . Production au plus juste

 

 
paptac-portal

inscription-infolettre

acces-infolettres
enerquin air banner
buckman banner
fpinnovations banner
kemira banner
tecumseth banner
cristini banner