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Vendredi 15 décembre 2017

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Vers une papeterie de bureau en circuit fermé?

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Une nouvelle technologie à sec par Epson peut permettre de détruire un papier et en fabriquer un nouveau sur place. L'échelle et les avantages économiques peuvent être une solution pour les grandes entreprises.


Le système PaperLab d'Epson constitue une révolution dans le recyclage commercial en détruisant des documents de façon sécuritaire pour en faire du nouveau papier.
Source : Epson

La compagnie Seiko Epson Corporation vient d'annoncer ce qu'elle croit être le premier système compact au monde capable de produire à sec du nouveau papier à partir de documents déchiquetés. Epson pense mettre son nouveau PaperLab, comme elle l'appelle, en production commerciale en 2016 au Japon avec une mise en marché dans d'autres régions ultérieurement. En cas de succès, cela aura des conséquences majeures sur le traitement sécuritaire du recyclage de la papeterie de bureau.

Combiner recyclage et réutilisation

Un procédé de fabrication du papier à sec a longtemps été comme le Saint Graal de l'industrie papetière, mais les rêves ont toujours été orientés vers la production de papier en feuille continue suivant la façon de penser des papetiers. En fait, j'ai été témoin du prototype expérimental d'un procédé de formation à l'air, dans un laboratoire de recherche au début des années 1970. Cette énorme machine n'a jamais vu le jour commercialement. Cependant, ce développement par Epson est révolutionnaire car il fait passer le déchiquetage du document à sa transformation en papier directement au bureau même où il sera utilisé. Recyclage et récupération, deux des trois R, sont combinés en une seule opération. Le circuit actuel de recyclage qui comprend le ramassage extérieur, la transformation et le transport pourraient être réduit à un circuit beaucoup plus court.


Le circuit actuel de recyclage qui comprend le ramassage extérieur, la transformation et le transport pourraient être réduit à un circuit beaucoup plus court.

Le système permet également de régler le problème de sécurité propre aux entreprises et aux bureaux gouvernementaux. Jusqu'à présent, les bureaux ont dû donner à contrat la destruction des documents confidentiels ou les ont déchiquetés eux-mêmes. Avec PaperLab, les bureaux pourront détruire leurs documents sur place de façon sécuritaire. Les documents sont réduits en fibres de papier, ce qui détruit complètement l'information qu'ils contiennent. PaperLab fournit une nouvelle feuille de papier environ 3 minutes après qu'on l'ait alimenté et avoir appuyé sur un bouton. Le système peut fournir environ 14 feuilles de format A4 à la minute ou 6 720 feuilles dans une journée de 8 heures. Les utilisateurs peuvent obtenir une variété de types de papier suivant leurs besoins, des formats A4 et A3, des calibre différents pour les cartes d'affaires, des papiers de couleur et même des papiers parfumés. Il s'agit cependant d'une micro fabrication si on la compare aux productions traditionnelles de papier de 9 mètres de large à la vitesse de 1 500 mètres à la minute, soit l'équivalant de 3 600 feuilles A4 à la seconde ou 216 000 feuilles à la minute.


La technologie Dry Fiber comprend trois étapes : défibrer, liaisonner et former. Source : Epson

Cette unité peut ne pas convenir à tout bureau car elle est volumineuse par rapport aux copieuses traditionnelles et semble coûteuse. Ceci est d'autant plus vrai qu'il s'agit de la technologie de première génération. Le coût peut être trop important pour les petites entreprises. Cependant elle peut trouver une niche du marché pour les édifices à bureaux plus importants ou les bureaux gouvernementaux. Par exemple, le Gouvernement du Canada estime qu'environ 7 000 tonnes de papier sont nécessaires annuellement pour alimenter les photocopieuses, les imprimantes et les télécopieurs, ce qui lui coûte près de 10 millions.

Les grands édifices à bureaux représentent aussi un marché potentiel. Par exemple la First Canadian Place à Toronto est la tour à bureaux la plus haute du Canada et abrite 10 000 employés qui produisent des impressions, des copies et des télécopies qui peuvent être considérés comme documents temporaires et réutilisés en nouvelles feuilles de papier. Grosso modo, un employé de bureau en Amérique du Nord produit environ 28 pages imprimées par jour. Imaginez! Ces 10 000 employés pourraient produire 280 000 pages par jour desquelles 50% - soit 140 000 – pourraient être détruites et recyclées plutôt qu'entreposées. La machine Epson traite 6 720 pages par jour de 8 heures et 20 unités pourraient donc suffire au volume de la First Canadian Place – une par trois ou quatre étages, si la logistique de la récupération des déchets et de la répartition du travail est mise en place. Sur une plus petite échelle, une unité pourrait subvenir aux besoins d'environ 500 employés dans un édifice plus modeste.

Les grands édifices à bureaux comme le First Canadian Place sont aussi un marché potentiel.
Photo par Wikipédia

Comment fait-on le papier?

La technologie utilisée pour ce système et bien sûr jalousement gardée secrète et le produit qui sera présenté dans un prochain salon professionnel n'est encore qu'au stade du prototype, dit Epson. Cependant, sa description soulève quelques questions qu'un fabricant de papier peut se poser mais pas forcément un chef de l'approvisionnement d'un bureau. Il n'est pas fait mention de la façon dont on dispose des charges, encres et toners. Comme chaque fabricant de papier le sait, les charges minérales constituent la part de plus en plus importante de la papeterie de bureau. Ces charges sont elles recyclées avec les fibres ou bien sont elles séparées et jetés? Cela entraînerait-il une opération poussiéreuse? Le désencrage des papiers recyclés est une part importante du circuit actuel de fabrication. Si les encres et les toners sont conservés dans le circuit fermé au bureau, qu'adviendra-t'il de la brillance et de la propreté du papier? Doit-on envisager une purge occasionnelle? Epson dit que les agents de brillance peuvent être incorporés aux feuilles à traiter avec les agents de liaison nécessaires.

(Mise à jour : Dans une publication récente de Ars Technica UK, un commentateur faisait remarquer justement que Epson a déposé une demande de brevet en 2013 pour un procédé de désencrage d'une feuille défibrée grâce à un procédé cyclonique à air. Peut-être est-ce un indice de la façon dont le procédé fonctionne. Si cela est exact, les encres et toners devront être récupérés et jetés.)

Mais qu'advient-il de la pauvre fibre qui a été recyclée plusieurs fois dans le circuit? Certaines dégradations des fibres et des changements dans les feuilles doivent se produire après un certain temps et plusieurs cycles. Cela aura-t'il un effet sur la qualité des impressions et des copies? Qu'en est-il de la force du papier, sa rigidité, ses qualités de surface et son opacité? Du côté positif, le procédé de formation de la feuille à sec n'est pas affecté par la dynamique des fluides, les forces d'arrachement et les vides des procédés habituels de formation humide. Donc, une feuille plus uniforme avec une orientation des fibres régulière, une stabilité dimensionnelle et une absence de gondolage de la feuille peut être possible. Un gros avantage est l'absence de l'énergie nécessaire au séchage.

Le point faible concerne la régularité de la qualité du papier - ce que les fabricants de papier connaissent sur le bout des doigts et ont perfectionné au cours des années - qui est maintenant confiée à des fournisseurs d'équipement de bureau. Cela représente une volte face dans la façon de penser. Naturellement, Epson est au courant de ces problèmes de qualité puisqu'ils ont utilisé du papier dans leur imagerie pendant des décennies. Ils doivent savoir reconnaître les qualités d'une bonne feuille de papier.

Tout est une question économique

Bien que ce plan de recyclage ami de l'environnement est louable et doit être encouragé, il représente sans doute un investissement majeur et il faudra considérer la question économique et le retour sur l'investissement. Le coût total d'un cycle, y compris le coût des produits chimiques nécessaires, peut être un facteur important. De plus, il faut compter les frais de service qui n'existent pas dans le cas du recyclage par d'autres (la boite bleue). L'entretien préventif, en particulier le nettoyage, semble être essentiel. Est-ce que la capitalisation initiale et ces coûts supplémentaires récurrents justifient d'abandonner l'achat de papier en rames et leur entreposage? Les économies d'un système de circuit fermé justifient-elles cet achat pour un gros utilisateur? Le temps le dira lorsque cette technologie sera en place.


 
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