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Vendredi 15 décembre 2017

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Bilan amer pour Guy Chevrette

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En 2004, lorsque Guy Chevrette a pris les rennes de la direction du Conseil des industries forestières du Québec, tous croyaient que le coloré personnage, dont les interventions à l'Assemblée nationale passaient rarement inaperçues, irait chercher de nouveaux appuis et parlerait haut et fort pour l'industrie forestière. Ce qu'il a fait tout au long de son mandat, amalgamant les images fortes à son habituel franc-parler. Malheureusement, M. Chevrette n'aura pas réussi à se faire écouter de ses ex-collègues politiciens. Ou si peu. Il avouait d'ailleurs l'été dernier, en entrevue pour le journal Les Affaires, que sa plus grande déception était de ne pas avoir réussi à faire comprendre au monde politique l'importance de « son » industrie.

M. Chevrette, en travailleur acharné, n'a jamais raté une occasion de promouvoir l'importance d'une industrie qui « fait vivre 250 paroisses québécoises ainsi que 30 000 personnes juste à ... Montréal » (dans les bureaux de sièges sociaux). Malheureusement pour lui, son règne aura été marqué au fer rouge par une crise structurelle sans précédent, une crise qui a transformé à jamais le visage de l'industrie forestière. « J'ai eu un mandat passablement difficile, étant arrivé au début de la crise et partant avant qu'elle ne soit terminée, » déplorait-il le 12 novembre dernier, lors d'un passage public au Musée Boréalis, à Trois-Rivières. « La crise la plus longue, la plus difficile et la plus coûteuse de l'histoire forestière, » devait-il ajouter avec amertume.

Est-ce un sentiment de travail inachevé qui l'a poussé à laisser une trace tangible de son passage? Toujours est-il que suite à la réception pour le moins glaciale des recommandations du CIFQ par les ministères des Ressources naturelles et de la Faune ainsi que du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, et devant la détermination du gouvernement à appliquer la Loi 57 sur la gestion de la forêt publique, M. Chevrette a sollicité ses partenaires pour définir sa propre vision d'avenir et identifier les moyens pour permettre une transformation réussie. L'initiative aura débouché sur la présentation, le mois dernier, du document pondu par le Comité de revalorisation de l'industrie du CIFQ.

M. Chevrette et le CIFQ ont visiblement évité de tomber dans la querelle stérile sur le mode de gestion de la forêt publique : des discussions ont toujours lieu avec l'État à ce sujet et des aménagements sont toujours possibles d'ici à l'application complète de la Loi 57 et de sa règlementation. Il est déjà acquis que les nouvelles règles d'intervention en forêt voudront dire moins de ressources pour l'industrie, une pilule que le Conseil semble avoir relativement avalé. Le Comité de revalorisation, au sein duquel siège le DG du CIPP, Patrice Mangin, s'est plutôt concentré sur une vision 2020 de l'industrie en identifiant les trois clés de la réussite : élargissement des marchés, formation de la main-d'œuvre et investissement dans la recherche. Bien que le tout sente un brin le réchauffé, le document de 18 pages, visiblement inspiré par l'approche directe et sans détour de M. Chevrette, pose des conditions précises pour réussir la transformation de l'industrie. Mentionnons par exemple le maintien de la certification forestière sur les territoires qui l'ont obtenue et la poursuite des efforts afin que l'ensemble de la forêt québécoise, publique et privée, accède le plus rapidement possible à une certification répondant aux exigences des marchés; l'élargissement du panier de produits des entreprises et en hausser la valeur; réviser les modèles d'affaires et construire sur la coopération, tant avec les partenaires qu'avec les clients; soutien par le financement gouvernemental et les capitaux de risque; le développement des filières de la bioénergie et des bioproduits et finalement, travailler à l'amélioration de la compétitivité de l'industrie dans ses marchés.

Au-delà des objectifs maintes fois évoqué, le document du Comité de revalorisation aura eu le mérite de porter les vrais diagnostics, aussi douloureux puissent-ils être. La crise? Elle est loin d'être réglée, l'industrie forestière québécoise n'étant pas assez compétitive. L'industrie ne doit pas nécessairement faire table rase de ses tous produits actuels, mais les marchés changent et elle doit répondre par de nouveaux produits, et surtout de nouvelles manières de procéder. Le bois d'œuvre et le papier journal sont des produits de commodité évoluant dans des marchés en régression. Il faut se tourner résolument vers les débouchés dans la bioénergie (éthanol), les bioproduits, les mélanges bois-plastique et les pâtes spécialisées. Le CIFQ cite d'ailleurs en exemple l'usine de Thurso, qui produit maintenant de la pâte cellulosique et compte sur des contrats pour au moins les cinq prochaines années. Enfin, les sommes investies en R&D ont chuté de 50 à 75% depuis le début de la crise. Les entreprises québécoises ont donc pris du retard dans l'innovation, ne disposant pas des capitaux à investir. « Notre industrie devra développer de nouveaux produits non plagiables qui correspondent au besoin de la clientèle, » de déclarer Guy Chevrette lors de sa dernière (et fougueuse) allocution le 26 novembre dernier. « Les forestiers doivent maintenant ne plus avoir le nez face à la forêt et le dos aux clients, mais plutôt le contraire! »

Le document du Comité, qui sera présenté lors de la réunion du conseil d'administration du CIFQ le 10 décembre, constitue certes un bel exercice de synthèse. Mais c'est un bien mince héritage que laisse M. Chevrette. Les idées et concepts doivent faire place à l'action et la tâche dont hérite le nouveau PDG du CIFQ, André Tremblay, anciennement des Produits forestiers Saguenay, est colossale. Et puis il faudra bien un jour mettre l'État dans le coup de cette grande restructuration. En ce sens, d'autres industries comme l'acier et le béton ont des tactiques de lobbying beaucoup plus efficaces.

Le passage de M. Chevrette au CIFQ n'aura pas créé le pont escompté entre l'industrie forestière et l'État québécois. Son expérience de fin politicien aurait dû jouer en sa faveur, mais c'était sans doute sous-estimer le bon vieux dicton selon lequel nul n'est prophète en son pays.

AbitibiBowater : des ex-travailleurs se mobilisent

En août dernier, je critiquais sévèrement la façon dont les travailleurs des usines fermées d'AbitibiBowater étaient traités, ceux-ci se voyant offrir des « peanuts » en guise de primes de séparation, sous prétexte que la compagnie sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers, ne pouvait plus rencontrer ses obligations normales. Il semble maintenant que ce sont aussi les retraités de la compagnie qui sont en passe de devenir des « actionnaires de seconde zone. »

En janvier 2009, Québec adoptait la Loi 1, qui a pour objectif de sécuriser, à la suite de la faillite d'un employeur, les rentes des retraités lorsque leur régime est complété. Le projet de loi 129, présentement en élaboration, viendrait étendre cette protection aux cas d'insolvabilité d'une entreprise. Dans le cas des retraités d'AbitibiBowater à Donnaconna, chacun doit décider s'il continue de recevoir 100% de sa rente du régime – avec les risques qui s'y rattachent – ou choisir une rente réduite de 30% versée par la Régie des rentes du Québec, laquelle prévoit une protection accrue en cas de faillite subséquente de la compagnie. La CSN et le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier dénoncent ce projet de loi « qui s'est fait sans concertation pour que la dette de la multinationale soit remboursée sur le dos des retraités. » Mis à part la formule de dénonciation toute syndicale, force est d'admettre que le processus est imposé aux retraités sans aucune consultation, faisant d'eux des acteurs secondaires beaucoup moins importants que les actionnaires ou les créanciers qui n'auraient jamais accepté un tel traitement. Dans ce dossier, il est clair que le problème se trouve dans la loi : celle-ci doit prévoir une clause faisant des fonds de pension une créance prioritaire. Le projet de loi doit être débattu bientôt en commission parlementaire. Québec a encore le temps d'éviter une injustice grave envers des travailleurs qui ne demandent qu'à jouir convenablement d'une retraite bien méritée.


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