Le Maître Papetier

Vendredi 15 décembre 2017

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GL&V tourne une page d’histoire

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Ceux et celles qui ont suivi la progression de GL&V (Groupe Laperrière Verreault pour les plus vieux) ont éprouvé, comme moi, un petit pincement au cœur le 23 septembre dernier lorsque le PDG et fondateur de l'entreprise, Laurent Verreault, a passé officiellement le flambeau à son fils Richard. Non pas que je doute des capacités de M. Verreault fils : ce dernier occupe le poste de président et chef de l'exploitation depuis 2003 et il a prouvé hors de tout doute qu'il a, comme son père, l'entreprenariat dans le sang. Mais M. Verreault père était toujours dans les coulisses de la compagnie, en plus d'assumer la présidence du conseil d'administration. Aujourd'hui, l'industrie papetière québécoise regarde partir l'un de ses rares bâtisseurs : Laurent Verreault a créé de toute pièce, avec son collègue Louis Laperrière, une entreprise dont l'expertise déborde aujourd'hui les cadres de l'industrie papetière. Ce genre de « success story » ne court pas les rues au Québec.

Cette diversification d'entreprise, entièrement stratégique, n'occulte en rien les origines papetières de M. Verreault. Né le 14 septembre 1941, Laurent a vécu de nombreuses années à LaTuque ou son père Georges travaillait au moulin à papier. Celui-ci aurait voulu voir son fils devenir médecin mais Laurent détestait passer ses journées sur les bancs d'école. Son passage au collège Jean-de-Brébeuf fut donc bref. Il opte pour les Forces armées canadiennes ou il s'initie à des disciplines reliées à l'électronique et l'instrumentation, ce qui correspond mieux à son côté visuel et pratique. A son retour à LaTuque, il se retrouve en instrumentation et contrôle à l'usine de son père. Il y apprendra d'ailleurs tous les rudiments de la fabrication du papier et de la pâte. La compagnie CIP, qui possède l'usine de LaTuque, l'enverra à sa nouvelle usine de Matane. De fil en aiguille, il se retrouvera au Nouveau-Brunswick, chez Irving Pulp, ou on lui trouve des qualités de gestionnaire. On lui confiera la direction du département de l'entretien.

GL&V est né d'une rencontre avec un autre bâtisseur bien connu, Bernard Lemaire. En 1975, le PDG de Cascades était à la recherche d'un gars en instrumentation et contrôle pour l'usine de Cabano, dans le Bas St-Laurent. Au lieu d'obtenir un job, Laurent Verreault décrochera le premier gros contrat de sa vie, d'une valeur de 80 000$, pour des travaux d'importance à la papetière. Le technicien en instrumentation s'associe avec l'électricien qu'est Louis Laperrière, pour créer le Groupe Laperrière et Verreault. La suite de l'histoire est bien connue : une acquisition après l'autre, GL&V est devenu un fournisseur international de solutions technologiques destinées au traitement des eaux et à la production de pâtes et papiers, une entreprise implantée dans une trentaine de pays comptant 1700 employés, dont 175 sont toujours à l'usine de Trois-Rivières, la toute première érigée par le Groupe Laperrière & Verreault.

J'ai eu la chance de rencontrer Laurent Verreault à trois ou quatre reprises. La première fois, c'était en 1996 je crois. Je siégeais sur le comité organisateur de la Conférence technologique estivale, laquelle venait de déménager ses pénates à Québec, au Château Frontenac. Laurent Verreault avait été invité pour le forum de débats qui clôturait l'événement. Je décidai donc de consacrer une entrevue à ce personnage plus grand que nature, avec tout ce que cela comportait d'intimidant. Rendez-vous donc dans un chic restaurant de Montréal, pour le lunch. Sa simplicité et son entre-gens m'avaient désarçonné; j'étais loin de l'image de gestionnaire distant et bourru qu'on m'avait tracé. Je soupçonne même qu'il ne détestait pas l'attention que lui prodiguaient les médias. En plus de sa précieuse collaboration, il avait commandé toute une série de photos professionnelles pour l'article dans la défunte revue Les Papetières du Québec, dont l'une d'elles s'est retrouvée en page couverture. Par la suite j'ai croisé Laurent Verreault à quelques reprises : il n'oubliait jamais un visage et me réservait toujours une franche poignée de mains.

Dans une entrevue récente au journal Le Nouvelliste, M. Verreault désirait voir la compagnie aller deux fois mieux à sa retraite que quand il était là. Mission accomplie. Après avoir assuré à l'entreprise une croissance organique accélérée durant les années 90 (notamment avec l'acquisition de Dorr Oliver), les Verreault père et fils ont fait le ménage en vendant la division des équipements miniers jugée trop cyclique. Ils ont compensé la faiblesse du secteur papetier en développant un service après-vente profitable, tout en continuant de développer le créneau porteur d'avenir du traitement de l'eau.

À 68 ans, Laurent Verreault a encore une belle tranche de vie devant lui. Je la lui souhaite active et bien remplie.

AbitibiBowater sauvée des eaux

Les événements se sont précipités depuis un mois dans le dossier d'AbitibiBowater. D'abord le plan de restructuration de la compagnie (qui compte maintenant 6 papetières) a été accepté par les 5793 créanciers canadiens dans une proportion de plus de 97%. Ensuite, La Régie des rentes du Québec a accepté que la multinationale paie en 10 ans, soit en deux fois plus de temps que la norme, les 1,3 milliard $ dus pour garantir les prestations de ses ex-employés. Un léger baume pour les travailleurs licenciés qui ont été traités, jusqu'à maintenant, comme des parias dans ce dossier. Selon le ministre du Développement économique, Clément Gignac, l'opération «ne coûte rien au gouvernement», mais elle est offerte avec des exigences particulières. En tête de liste, on remarque l'obligation «de ne verser aucun dividende à ses actionnaires tant que le ratio de solvabilité des régimes de retraite sera inférieur à 80 %». Merci M. Gignac de contraindre l'entreprise à enfin prendre autant de responsabilités envers sa main-d'œuvre qu'envers ses actionnaires et créanciers. Rappelons que lorsque la compagnie s'est mise à l'abri de ses créanciers, en avril 2009, ce taux était tombé à 75 %. Autres conditions à signaler, AbitibiBowater promet de conserver à Montréal son siège social. Elle doit aussi réserver 60 % de ses nouveaux investissements aux usines québécoises et ne pourra réduire leur production, sous peine de verser une pénalité aux régimes de retraite. Pour profiter des allégements, la compagnie s'est engagée à injecter au cours des cinq prochaines années 75 millions $ «dans des nouveaux projets stratégiques» de diversification. Il faut maintenant espérer que l'entreprise naviguera dans des eaux moins troubles et respectera ces exigences somme toute minimales.


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