Le Maître Papetier

Vendredi 15 décembre 2017

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Le plongeon calculé de Domtar/FP Innovations

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« Je rêve ou quoi? Un projet d'usine (pilote) impliquant un producteur papetier, au Québec? » Telle fut ma réaction le 16 juillet dernier en prenant connaissance du partenariat entre FPInnovations et Domtar dans le domaine de la nanocellulose cristalline, lequel doit culminer avec la construction d'une usine pilote visant éventuellement la production commerciale de nanocellulose. Vous admettrez tout de même que le contexte actuel ne se prête pas immédiatement à de tels investissements et que depuis la nouvelle machine à papier chez Kruger Wayagamack, l'auteur de ces lignes n'a pas eu grand-chose à se mettre sous la dent en termes de projet.

Au fond, cette chronique aurait aussi pu s'intituler « Le second souffle de la nanotechnologie ». Et j'en suis fort heureux. Voilà plus de dix ans qu'on en parle, et même une quinzaine d'années que la recherche fait évoluer ce domaine à pas de géants. Les manufacturiers de produits chimiques en savent quelque chose, eux qui ont vu la nanotechnologie venir bouleverser la formulation même des produits qui entrent dans la préparation de la « recette » de cuisson des copeaux, ou des sauces de couchage pour le papier. En intervenant à cette échelle infiniment petite, les chimistes sont en mesure de proposer des produits qui interviennent précisément sur les propriétés recherchées par le client papetier. Ce qui relevait directement de la science-fiction il y a 20 ans est maintenant une réalité quotidienne.

L'annonce faite conjointement par Domtar et FP Innovations le 16 juillet dernier est TRÈS importante. Elle l'est autant pour l'avenir des nanotechnologies en général et la nanocellulose cristalline en particulier que pour toute l'industrie ainsi que les deux entreprises qui prennent ensemble un grand plongeon calculé.

D'abord il faut souligner la conviction des deux partenaires qui vont jusqu'à créer une coentreprise pour gérer la nouvelle usine pilote située à Windsor. C'est une première mondiale, cela va de soi, mais c'est aussi une première pour FPInnovations qui obtient ainsi l'appui désiré d'un producteur de produits forestiers à grande échelle. L'usine va coûter 32,4 millions$ à construire et les coûts d'exploitation sont évalués à 8,4 millions$ pour un investissement total de 40,8 millions$. Domtar à elle seule consacre une vingtaine de millions$ au projet, soit 8 millions$ de son encaisse et 12 millions$ provenant d'un financement en vertu du Programme d'écologisation des pâtes et papiers du gouvernement du Canada. Voilà toute une marque de confiance pour ce projet, dont la construction s'étalera sur une période de 18 mois et créera 13 nouveaux emplois permanents.

De plus, Domtar, une des rares compagnies de produits forestiers à afficher un bilan financier solide, est une entreprise extrêmement sérieuse qui n'a pas la réputation de s'engager dans des projets à la légère. Dans le cas de la nanocellulose cristalline, le PDG de Domtar, John Williams, s'avoue séduit. « Ses propriétés sont absolument remarquables et les multiples usages éventuels en disent long sur les possibilités commerciales des nouveaux produits de fibres de bois, des possibilités qui dépassent les applications traditionnelles des pâtes et papiers. »

Une douce musique aux oreilles de FPInnovations et de Jean Hamel, VP Pâtes et papiers, bioénergie et bioproduits. Dans une entrevue accordée au Maître Papetier le printemps dernier, M. Hamel, qui dirige les opérations de recherche et est à même de constater les avancées prodigieuses dans ce domaine, déclarait sans hésiter que les bioproduits allaient répondre à la décroissance de plusieurs marchés papetiers. « La forêt nous permet d'aller chercher quatre catégories de produits : les produits du bois proprement dit, la pâte et le papier, la bioénergie – pour remplacer les combustibles fossiles – et les biomatériaux, » expliquait-il.

Il faut savoir que les biomatériaux comprennent eux-mêmes des sous-catégories de produits comme les fibres de nanocellulose, les produits chimiques, la nanocellulose cristalline et le gel de cellulose. Or, ces produits peuvent concurrencer (et éventuellement remplacer) plusieurs matériaux à base de métal et de pétrole, comme les vernis résistants, les films réfléchissants et les bioplastiques, leur permettant d'investir d'autres secteurs d'activités comme l'aérospatiale, l'automobile et le pharmaceutique. On sait par exemple que le marché mondial pour les plastiques est en pleine croissance. La fabrication de produits de commodité comme les films de plastiques devrait presque doubler, passant de 287 millions de tonnes cette année à 510 millions de tonnes en 2020. Les produits d'ingénierie en plastique devraient progresser de 12 millions de tonnes en 2010 à 24,5 millions de tonnes en 2020 et celle des produits spécialisés, tel que les matériaux composites de haute performance de 0,4 millions de tonnes cette année à 1,1 millions de tonnes en 2020. Et contrairement à l'incertitude dont font preuve des politiciens comme le ministre fédéral des Ressources naturelles, Christian Paradis, qui « ignore encore ou tout cela va nous mener, » il est clair que les perspectives de commercialisation sont bien tangibles et que la première usine au monde de nanocellulose cristalline (au départ d'une capacité d'une tonne par jour) bénéficiera d'une position et d'une vitrine enviables.

Patrice Mangin, PDG du Centre intégré en pâtes et papiers, confiait au Maître papetier en février dernier que le processus de restructuration en cours dans l'industrie des produits forestiers allait prendre une bonne vingtaine d'années, mais que d'ici là un certain nombre de décisions et d'investissements rapides étaient nécessaires pour que l'industrie canadienne ne se fasse pas damer le pion au chapitre de l'innovation.

L'annonce de Domtar et FPInnovations constitue un important pas dans cette direction mais aussi un des premiers balbutiements de cette restructuration sans précédent de l'industrie papetière mondiale. Les deux leaders du secteur de la nanocellulose cristalline auront dorénavant encore plus de pain sur la planche et beaucoup de pression sur les épaules (ils ont ce qu'il est convenu d'appeler « le fardeau de la preuve »). Si pour quelque raison que ce soit cette belle aventure venait à flancher, ils en porteront les cicatrices pendant longtemps. Si au contraire tout va comme prévu, Domtar et FPInnovations feront figure de précurseurs et de visionnaires, ceux par qui le changement est passé et qui ont eu le courage d'oser. Ce n'est que dans plusieurs années que nous pourrons pleinement mesurer toute l'importance de l'annonce faite par une belle journée d'été, en pleine période de vacances estivales de cet an de grâce 2010 ...


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