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Vendredi 15 décembre 2017

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Y a-t-il un pilote dans l'avion Kruger?

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En 17 années d'écriture sur l'industrie papetière, j'ai plus d'une fois loué l'esprit d'initiative et l'apport social de la compagnie Kruger, particulièrement à Trois-Rivières, mais aussi ailleurs au Québec où elle gère des opérations. Malheureusement, la crise actuelle a tout changé. Depuis quelque temps, Kruger gère ses usines à la petite semaine, multipliant les arrêts de production. Le dernier en date, annoncé le 27 novembre, vise une centaine d'employés de la Wayagamack. Dès le 23 décembre et pour une période de deux mois (du moins sur papier), la MP #3 ne produira pas, la demande en papier annuaire ayant baissé et la valeur élevée du dollar canadien n'aidant guère aux exportations de la compagnie vers les États-Unis. Kruger avait procédé à des arrêts semblables à Brompton en octobre ainsi qu'à ses scieries de Parent et de Saint-Roch-de-Mékinac. Et bien entendu, à la fin de l'été dernier, un grand coup a été porté à l'usine du boulevard G-H Kruger avec la mise à pied de 400 travailleurs.

Le mois dernier, le témoignage de Patrick Aubry, employé de Kruger Trois-Rivières depuis 1988, nous a rappelé à une réalité à laquelle Kruger ne nous avait pas habituée. M. Aubry prenait la parole lors d'un colloque du Centre de prévention suicide des Deux Rives. La stabilité qui caractérisait le milieu de travail chez Kruger a depuis fait place « à un processus de rationalisation ayant pris l'allure de véritables montagnes russes », disait-il essentiellement. Le choc est d'autant plus grand pour les travailleurs que la structure « familiale » de la compagnie de Joseph Kruger II a toujours fait en sorte de protéger les employés des éléments extérieurs. Mais la bulle a soudainement crevé et plusieurs tombent de haut. « On était 1350 employés en 1988, alors que nous sommes maintenant 700. Ca fait deux Belgo qu'on perd chez nous, » faisait remarquer M. Aubry.

De plus, et cela n'est certainement pas caractéristique du type de gestion qui a eu cours ces dernières années chez Kruger, l'instabilité vient saper ce qui reste de moral aux troupes en usines. Tantôt on coupe, tantôt on réorganise, puis on ne ferme pas et puis ... si, finalement on ferme! Pas facile de voir clair dans la stratégie corporative, si stratégie il y a!

Certains diront que Kruger n'a guère le choix d'agir ainsi : la situation économique est elle-même volatile, certains marchés sont en décroissance durable. Or il vaut mieux gérer de façon sensible, au fur et à mesure, que d'agir de façon émotive en sabrant de manière inconséquente. C'est un point de vue que je partagerais volontiers si on avait affaire à une entreprise fragile financièrement. Bien avant qu'elle se mette sous la protection de la Loi sur les faillites, AbitibiBowater nous a habitué à une gestion trimestrielle terne et sans envergure, obnubilée par ses problèmes de liquidités. Une entreprise papetière qui dispose de suffisamment de fonds en réserve surveillera la situation, certes, mais disposera d'un plan à long terme pour planifier la suite des événements. Elle profitera même de cette période de crise pour fourbir ses armes (voir investir dans ses actifs de production) et ainsi prendre une longueur d'avance sur la compétition une fois la reprise venue.

Est-ce-à dire que Kruger Inc. est en difficulté financière? Joseph Kruger II compte-t-il parmi les victimes de Madoff ou de la chute de Wall Street?? Seul l'entourage immédiat de M. Kruger connait la situation réelle des finances de l'entreprise. C'est à la fois ce qui fait la force et la faiblesse d'une compagnie privée : celle-ci n'a pas à répondre à ses actionnaires et peut garder le secret sur ses finances (mais elle se prive aussi intentionnellement de fonds supplémentaires que procure une émission publique d'actions). Depuis son implantation au Québec, Kruger a toujours donné l'impression d'avoir des poches bien profondes. Modernisation à Trois-Rivières, nouvelle machine à papier à Wayagamack, usine de cogénération à Brompton : les bonnes nouvelles se bousculaient pendant que d'autres se serraient la ceinture. La crise financière de 2008 a tout chamboulé. Ses graves répercussions continuent d'affecter nombre d'entreprises et d'individus, aussi bien au Canada qu'aux États-Unis. Des fortunes ont fondu au soleil. En serait-il ainsi de la famille Kruger?

Si le resserrement des finances de Kruger est une chose, son éventuelle faillite en est une autre. J'ose croire fermement que nous sommes loin d'une telle situation. La première chose qu'une entreprise de l'envergure de Kruger peut faire pour dissiper le doute, c'est de démontrer de l'assurance, de la cohérence à travers ses décisions. De donner l'image d'une entreprise qui sait où elle s'en va, qui a un plan pour protéger ses acquis, traverser la crise et renouer rapidement avec la croissance une fois la tempête derrière nous. Un second geste, si Kruger dispose encore d'une marge de manœuvre, serait d'activer rapidement le projet d'atelier de désencrage à Trois-Rivières, annoncé en grandes pompes il y a quelques années, et qui traîne sur les tablettes. Ou d'investir, si le désencrage ne s'inscrit plus dans les visées stratégiques de Kruger, dans toute autre initiative qui prouvera que les assises financières de la compagnie sont encore bien solides et que ses usines québécoises ont toujours un avenir à long terme.

WOW!!

De 20$ à 55$. Voilà le bond pour le moins prodigieux enregistré par l'action de Domtar en bourse depuis le mois de mai dernier. Et s'il faut en croire certains analystes, le titre serait en route vers les 90$. Excès d'optimisme? Peut-être, mais qui aurait prédit une telle ascension alors que l'industrie broie généralement du noir? D'autant plus que la pâte commerciale, dont le prix est passé de 640$ au printemps à 830$ à l'heure actuelle, compte pour le tiers des expéditions de Domtar. Les deux autres tiers proviennent des produits du papier. Globalement, les expéditions de l'entreprise étaient déficitaires de 15% de janvier à septembre comparativement aux huit premiers mois de 2008. Mais ce déficit a fondu à 7% en octobre-novembre. Et surtout, Domtar a surpris le milieu financier avec un bénéfice de 1.32$ par action au troisième trimestre de 2009 alors que les analystes s'attendaient plutôt à ... 0.24$! Il semble de plus en plus évident que Domtar sera bien positionné d'ici un an ou deux lorsqu'arrivera enfin la reprise sur le marché du bois d'œuvre, et figurera parmi les dignes survivants de cette crise sans précédent.

VŒUX DES FÊTES

Puisqu'il s'agit du dernier éditorial de 2009, je profite de cet espace pour souhaiter à tous nos lecteurs de Joyeuses fêtes et surtout une année 2010 empreinte de santé, de succès et de prospérité. Je vous remercie spécialement de l'accueil réservé au MAÎTRE PAPETIER depuis son arrivée en avril dernier et d'en avoir fait votre site Internet de référence. Merci également à nos précieux collaborateurs qui partagent non seulement leur expertise mais leur passion pour l'industrie papetière.


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