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Vendredi 15 décembre 2017

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Fin de party et gueule de bois

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C'était il n'y a pas si longtemps, en septembre 2002. Le syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP) jubile. Ses membres travailleurs de NorskeCanada viennent de ratifier à 81% la nouvelle convention collective de cinq ans. Tout comme elle le fait dans l'Est du Canada avec la compagnie Abitibi Consolidated, le SCEP négocie un contrat de travail type qui servira de balise au niveau national. La convention type dans l'Ouest canadien est généreuse : des augmentations salariales de 11% sur cinq ans, soit 2,5% pour chacune des deux premières années et des 2% pour les années subséquentes; une modification de l'administration du régime de retraite de manière à donner aux représentants syndicaux une majorité au sein du conseil de fiducie; et un ajustement (en conséquence des gains) des cotisations des employés, qui passent de 3% à 8% de la rémunération pendant la durée de la convention.

30 octobre 2009. La convention type avec AbitibiBowater, échue depuis mai, n'est toujours pas signée. Les délégués de 23 sections locales des usines de la compagnie au Québec, en Ontario et en Nouvelle-Écosse ont rencontré la direction à Montréal pour explorer la renégociation des conventions. Non seulement les termes d'une nouvelle entente ne sont pas fixés, mais le SCEP doit se battre pour protéger les acquis sociaux, notamment du côté des régimes de retraite. Placée sous la protection de la Loi sur les faillites, AbitibiBowater doit composer avec un déficit imposant de 1,3 milliard$ dans ses régimes de retraite. Devant la menace d'une terminaison pure et simple des régimes, ce qui signifierait des coupures de 27% dans les régimes de retraite de 17 000 travailleurs retraités et de 8300 employés actifs, le SCEP a demandé la suspension des négociations et l'intervention des gouvernements. S'il n'y a qu'un seul point positif de cette rencontre, c'est la proposition conjointe du syndicat et de la compagnie pour mettre en place une fiducie pour les retraités existants, avec des garanties des gouvernements et des changements aux règlements. Devant les médias, le syndicat fait d'ailleurs passer le succès de la restructuration financière d'AbitibiBowater par un règlement du dossier des régimes de retraite.

Quel contraste saisissant entre les deux périodes! Après des années à se servir dans un buffet qui semblait inépuisable, l'industrie papetière dégrise et se retrouve avec une solide gueule de bois. En fait, si la convention type de 2002 avait vraiment reflété la réalité qui s'installait alors depuis cinq ans, la coupure en 2009 serait moins brutale. Plusieurs compagnies affichaient déjà en 2002 des déficits et géraient la décroissance de leurs marchés. De plus, la globalisation des marchés en faveur de compagnies brésiliennes et asiatiques payant leurs employés une fraction de nos salaires nord-américains rendait la situation intenable à moyen terme. Pendant que partout au Québec les directions d'usines faisaient des pieds et des mains pour baisser leurs coûts de production, le SCEP leur servait une convention collective type avec des hausses salariales de 11% sur cinq ans!

Plutôt que de prendre ses responsabilités et de participer activement à une gestion réaliste de la situation, on a plutôt opté pour prolonger le party! Issue d'une tradition d'incrédulité syndicale face aux dires et aux données brandie par le patronat, le comportement du SCEP faisait fi d'une tendance lourde chez notre voisin américain, ou les compagnies papetières rouvraient une à une les conventions collectives dans leurs usines pour négocier des allègements, activité jugée inacceptable ici. Les International Paper et Weyerhaeuser n'y ont pas toujours été avec le dos de la cuillère : ils ont parfois eu recours au chantage avec leurs travailleurs Américains, jetant le blâme sur un dollar trop fort et bénéficiant d'options (usines) ailleurs dans le monde où les salaires sont franchement dérisoires. Mais dans plusieurs cas, les syndiqués américains ont eux-mêmes choisi de couper dans leurs bénéfices pour conserver leur job ainsi que des conditions qui demeurent supérieures à celles de d'autres industries.

Cela ne veut pas dire que tout est perdu pour le SCEP, et encore moins que ses membres doivent porter le fardeau de la déconfiture d'AbitibiBowater ou de toute autre compagnie papetière. Les syndiqués ont bénéficié d'excellentes conditions de travail au cours des 30 dernières années, certes, mais ils n'ont eu qu'une petite part d'un gigantesque gâteau qui a fait les délices de plus d'un PDG. N'oublions jamais que John Weaver a quitté la présidence d'AbitibiBowater il y a un an avec 17 millions$ en prime de départ en poche ainsi que 7,5 millions$ pour sept mois de travail. Et ce malgré qu'il ait été l'artisan de la plus mauvaise transaction d'acquisition de l'histoire d'Abitibi.

Force est de constater cependant que le SCEP, qui a fait des régimes de retraite son cheval de bataille, a perdu tout effet de levier pour cette négociation de convention collective. Il doit transiger avec une compagnie en lambeaux, endettée jusqu'au cou, qui se débat contre ses créanciers et lutte pour sa survie. AbitibiBowater a fermé ses usines les unes après les autres, d'abord à Shawinigan, à Donnacona, et plus récemment à Dolbeau et Beaupré. A mesure que le processus de restructuration progresse, d'autres usines sont sur la corde raide, la marge de manœuvre du syndicat s'amincit et sa position s'affaiblit.

Il est bel et bien fini le party. Au-delà des durs lendemains de veille et de la fameuse gueule de bois, le SCEP doit maintenant revenir à ses principes de base : défendre les droits et privilèges de ses membres, mais cette fois en collaborant avec le patronat et en tenant compte du contexte des papetières ces 10 dernières années, celui de la gestion des dégâts et de la décroissance des marchés.


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