Le Maître Papetier

Vendredi 15 décembre 2017

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Le respect

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En juin dernier, le gouvernement fédéral annonçait en grande pompes la mise en œuvre d'un « programme d'écologisation » à l'intention de l'industrie canadienne des pâtes et papiers. Le programme est relativement simple : on calcule pour une entreprise une enveloppe budgétaire maximale basée sur un crédit de 0,16 $ le litre de liqueur noire brûlée par ses usines entre le 1er janvier 2009 et le 31 décembre 2009. Les entreprises ont jusqu'au 31 mars 2012 pour utiliser ces fonds afin de financer des projets d'investissement approuvés. Les projets devront démontrer un certain niveau d'avantages environnementaux, tels que l'amélioration de l'efficacité énergétique ou l'amélioration de la production d'énergie renouvelable. Le programme prévoit des investissements totaux de un milliard de dollars, et le total des sommes consenties aux industries canadiennes ne dépasseront pas ce montant. Les crédits doivent être octroyés aux compagnies d'ici le mois d'octobre.

Avec l'entente canado-américaine sur le bois d'œuvre, le Canada marche sur des œufs lorsque vient le temps de donner un coup de pouce à l'industrie. C'est la raison pour laquelle on a élaboré ce programme pour supposément venir en aide à un secteur en pleine restructuration, sous le couvert de l'amélioration continue en environnement. Malgré toutes ces bonnes intentions, le programme d'écologisation d'Ottawa démontre d'une certaine méconnaissance des pâtes et papiers, pour ne pas dire d'un manque de respect.

Ce n'est pas d'hier que les compagnies papetières investissent dans l'environnement. Dans le milieu des années 90, elles ont été les premières industrielles à se conformer en un temps record (deux ans) à des exigences sévères les obligeant investir dans des systèmes de traitement secondaire de leurs effluents. Toutes les entreprises, sans exception, ont répondu à l'appel. Depuis, les Cascades, Domtar et compagnies ne cessent d'innover pour améliorer leur image verte. Pour la plupart, toutes leurs chaînes d'approvisionnement sont certifiées à l'un ou l'autre des programmes de normes strictes en matière de gestion durable. Dans les faits, force est de conclure que le programme d'écologisation vient monétiser une activité de récupération qui existe déjà depuis plusieurs années dans nombres d'usines.

L'industrie papetière n'a pas besoin d'un band aid pour panser ses plaies : elle manque tout simplement de cash et de facilités de crédit. Ottawa aura beau lancer tous les programmes possibles pour stimuler les projets environnementaux, si l'industrie n'a pas les capitaux pour les réaliser (ou plus simplement pour assurer ses opérations d'un trimestre à l'autre), il y a un sérieux problème. Les papetiers n'ont jamais manqué d'imagination pour améliorer leurs rendements : que ce soit en matière d'énergie, de consommation d'eau ou de la maximisation du rendement des fibres de bois, ils ont même fait preuve d'ingéniosité. Seules les contraintes de capitaux viennent freiner leurs élans.

Lors de mes deux voyages en Finlande en 1996 et 2000, j'ai été stupéfait du niveau de collaboration qui existe entre le gouvernement de ce pays et la Fédération finlandaise des industries forestières, qui représente les intérêts de l'industrie. J'ai aussi constaté que cette collaboration découle d'un respect, d'une valorisation de l'industrie, répandue même parmi la population. Tout le monde navigue ensemble au lieu de pagayer en tous sens. Résultat : la Finlande, un pays de sept millions d'habitants plus petit que le Québec, se trouve en 6e position des producteurs papetiers dans le monde, avec une production de 14 millions de tonnes (en 2007). Avec ses 18 millions de tonnes, le Canada devance de peu la Finlande, mais se laisse doubler par l'Allemagne (22 millions), le Japon (29 millions), la Chine (78 millions) et les États-Unis (83 millions).

Cette descente au palmarès mondial des producteurs est représentative d'une industrie canadienne qui n'a jamais été respectée et appréciée à sa juste valeur et de gouvernements qui l'ont toujours traité comme un numéro ou un secteur économique de seconde zone (comment expliquer autrement tout cet argent accordé au début de l'année à l'industrie automobile mais pas à celle des produits forestiers??). Pendant ce temps, et depuis une dizaine d'années, devant la désaffection des compagnies membres qui n'ont plus les fonds suffisants pour appuyer la R&D, nos fleurons de la recherche et développement que sont le CIPP et Paprican (FP Innovations) en sont réduits à des opérations de marketing pour dénicher des contrats qui assureront leur survie. Rien de mal à cela en soit, direz-vous, mais ces conditions font que les centres de recherche coupent des cerveaux pour équilibrer leur fragile budget. Lentement mais sûrement, le Canada perd son expertise et son savoir-faire papetier et, ce qui n'est guère mieux, doit les partager avec les compagnies américaines et asiatiques qui ont encore les moyens de se payer de la R&D.

On aime : bien que l'industrie papetière vive des moments incertains qui en convainquent plus d'un de quitter le navire, le PDG de Cascades, Alain Lemaire, persiste et signe : il a acheté le 17 août dernier 20 000 actions de la compagnie, et ce après avoir divulgué les résultats d'un excellent deuxième trimestre de 2009. De l'aveu même de M. Lemaire, l'action de l'entreprise est sous-évaluée et vaut au moins 13$. La transaction s'est faite à des coûts unitaires de 6.05$ et 6.10$ l'action. Cette décision d'investisseur démontre aussi toute la confiance qui anime M. Lemaire envers son entreprise et l'industrie papetière dans son ensemble.

Otages : depuis la mise en faillite technique d'AbitibiBowater, plusieurs localités ou l'on retrouve des papetières de la compagnie sont prises en otage. Au moment d'écrire ces lignes, les paris sont toujours ouverts sur les prochaines fermetures. L'inquiétude est palpable partout, autant à Beaupré qu'à Baie-Comeau ou Grand'Mère. Une grande manifestation est d'ailleurs en préparation à Dolbeau-Mistassini pour exiger la survie du principal employeur de la ville. Des usines comme celles d'Alma et de Jonquière, qui continuent d'être profitables, devraient survivre à la prochaine vague, mais sait-on jamais : la compagnie a surpris tout le monde lorsqu'elle a fermé l'usine de la Belgo, à Shawinigan, ou elle avait investi des millions$, notamment dans un atelier de désencrage ultramoderne, épargnant du même coup l'usine de la Laurentide, dont les équipements sont désuets depuis fort longtemps.

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