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Vendredi 15 décembre 2017

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Démystifier le conflit du bois d’œuvre

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Comment réagiront les marchés du bois d'œuvre à la suite des droits compensatoires imposés par les Américains ? Une entente est-elle encore possible ? Les industriels forestiers ont eu réponse à ces questions lors du dernier congrès annuel du Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ) tenu le 18 et 19 mai dernier.

Selon Raymond Chrétien, négociateur en chef pour le Québec dans le dossier du bois d'œuvre, une nouvelle fenêtre d'opportunité vient de s'ouvrir pour régler le conflit du bois d'œuvre. « Robert Lighthizer a été confirmé récemment par le Sénat américain comme principal négociateur américain. C'est une nomination importante qui va faire avancer le dossier du bois d'œuvre », estime l'ancien ambassadeur canadien aux États-Unis de 1994 à 2000.


Raymond Chrétien, négociateur en chef pour le Québec dans le dossier du bois d'œuvre

Pourquoi cette nomination fait-elle avancer le dossier du bois d'œuvre ? Parce que le président Trump a demandé à Robert Lighthizer, le représentant au Commerce, de préparer la table pour les débuts des pourparlers sur l'ALENA, qui commencera dans 90 jours. «?La modernisation de l'ALENA, qui est une des plus grandes priorités de Donald Trump, pourra difficilement se faire sans que le dossier du bois d'œuvre soit réglé », estime M. Chrétien.

Même s'il y a des tarifs imposés sur les importations de bois d'œuvre canadiens depuis le début des années 1980, il faut savoir que le bois d'œuvre fait bel et bien partie de l'Accord de libre-échange nord-américain, mais avec plusieurs exceptions. L'entente de 2006 était justement venue soustraire le bois d'œuvre de l'ALENA pour une durée de 10 ans.

Mais cette soustraction faisait partie d'une entente négociée. Dans le cas de l'imposition unilatérale de droits compensatoires, puis de droits antidumping qui seront annoncés le 23 juin, les producteurs canadiens pourront intenter des recours auprès de l'ALENA et le l'organisation mondiale du commerce (OMC), mais seulement lorsque les décisions finales sur ces droits seront prises en novembre 2017.

D'ici là, les taxes imposées ne sont que temporaires. Les droits compensatoires imposés depuis avril (et rétroactivement à janvier 2017), cesseront d'ailleurs d'être taxés sur les produits du bois d'œuvre en septembre pour laisser la place uniquement aux droits antidumping. Puis ce sera en janvier 2018 que les deux taxes se superposeront de nouveau à un niveau total qui devrait avoisiner les 20%, avec un maximum de 30%, estime Russel Taylor, président de l'International Wood Markets Group, qui a fait une présentation sur les perspectives du marché du bois lors du congrès du CIFQ.

« Dans les années 1990, tous les joueurs de l'industrie étaient contents, car ils faisaient de l'argent, car le prix des copeaux était le plus élevé de la planète, a-t-il mentionné. Mais les choses ont bien changé aujourd'hui. » Le prix des copeaux est bas. Les arbres sont petits. Les usines sont vieillissantes. Et les distances à couvrir pour récolter les arbres sont énormes. Résultat : le cout de la fibre est élevé, ajoute Russel Taylor.

Malgré ces coûts, la croissance de 5% de la construction au sud de la frontière a grandement amélioré la situation sur les marchés et les producteurs québécois pourraient réaliser de belles marges de 10 à 15%... sans les taxes imposées par les Américains.

Une taxe déraisonnable selon l'expert sur les marchés du bois. «?Si les producteurs canadiens étaient subventionnés par l'état, ça implique qu'ils feraient de très grosses marges bénéficiaires, mais ce n'est pas le cas?», note-le prédisent de Wood Market International. Dans le sud des États-Unis, les marges atteignent d'ailleurs 30%, mais ce sont plutôt les producteurs de l'Ouest américain, moins compétitifs, qui ont enclenché les hostilités avec les producteurs canadiens. La raison : les taxes imposées sur le bois d'œuvre canadien feront augmenter le prix du bois d'œuvre, et ainsi leur marge bénéficiaire.

Cette stratégie réduira l'offre de bois sur le marché et fera augmenter les prix, ajoute l'expert. Et c'est 2018 qui sera l'année la plus difficile pour les producteurs. Dans l'est du Canada, la firme de Russel Taylor estime que les scieries réduiront leur production de 300 à 500 millions de pmp, principalement par la réduction des quarts de travail plutôt que des fermetures d'usines. «?Les entreprises les plus touchées seront celles qui possèdent de vieilles scieries désuètes et les petits joueurs indépendants?», dit-il. Dans l'Ouest canadien, cette réduction devrait atteindre 800 millions de pmp.

En 2019, la situation s'améliorera au Canada, car les États-Unis manqueront de bois, ce qui fera augmenter les prix. Ces prix à la hausse permettront alors aux producteurs de l'Est, marginalisés, de renouer avec les profits, estime l'expert. Les prix à la hausse faciliteront l'accès à de nouveaux compétiteurs européens ou même d'Amérique du Sud, car les États-Unis ne peuvent fournir complètement leur propre marché. «?Les marchés seront encore meilleurs en 2020 lorsque les prix atteindront des sommets. Les producteurs qui passeront à travers quelques années difficiles bénéficieront d'un marché qu'ils attendent depuis longtemps, conclut Russel Taylor.


 

 
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